DES CHAUVES-SOURIS, DES SINGES ET DES HOMMES

Presse et Blogs littéraires

Livres-Hebdo. Jean-Claude Perrier : "Le Christ s'est arrêté à Ebola"

Le Parisien-Magazine. Clara Dupont-Monod : "Aux origines du mal"

La Provence. Jean-Rémi Barland: "Paule, l'Afrique, Ebola..."

La Revue littéraire. Angie David : "Des chauves-souris, des singes et des hommes "

La Grande Librairie. François Busnel : "Paule Constant : le roman sur l'épidémie Ebola"

La Marseillaise. Anne-Marie Mitchell : "Une fable d'aujourd'hui"

Radio Notre-Dame. J. Cl. Perrier : "Paule Constant pour "Des chauves-souris, des singes et des hommes"

Le Figaro littéraire. Patrick Grainville : "Sur les rivières de la mort"

Femmes de lettres. "Paule Constant : Des chauves-souris, des singes et des hommes"

Babelio.com. ladesiderienne : " Paule Constant : Des chauves-souris, des singes et des hommes "

Vouslisez.com. "Des chauves-souris, des singes et des hommes", de Paule Constant

Radio classique. Olivier Bellamy : "Paule Constant, on dirait le sud"

La Dépêche du Midi. " Paule Constant : Des chauves-souris, des singes et des hommes "

Culture et bibliothèque pour tous. "Des chauves-souris, des singes et des hommes "

Blogs Nouvelobs. Pierre Jourde : "L'importance d'être Constant"

Bilan (Suisse romande). Metin Arditi : "Ebola le poème"

Le Petit Journal. Jacques de Bono Scotto : "Des chauves-souris, des singes et des hommes "

L'Ardennais. Sébastien Lacroix : Paule Constant a le virus de l'Afrique

Le Point. Valérie Marin La Meslée : "Une fable africaine?"

Cuneipages. Sylvie Sagnes : Des chauves-souris, des singes et des hommesPaule Constant

La Vie. Marie-Lucile Kubacki : " Paule Constant : Des chauves-souris, des singes et des hommes "

TV5 Actualité littéraire. Olivier Poivre dArvor : "Des chauves-souris, des singes et des hommes”

Book ddl. "Des chauves-souris, des singes et des hommes" de Paule Constant"

L'Orient littéraire. "Ebola, la revanche de l’animal sur l’homme"

cathjack. "Constant Paule: Des chauves-souris, des singes et des hommes "

Témoignage chrétien. Arnaud de Montjoye : "Paule Constant nous emporte en Afrique, pas loin du fleuveEbola"

autour d'un livre. "Des chauves-souris, des singes et des hommes"

Librairie Decitre. Florian : "Un conte africain des temps modernes"

Magazine littéraire. Pierre Maury : "Une fable d'Ebola"

ArtPress. Philippe Forest : "Paule Constant, près de l'Achéron"

Gala. Candice Nedelec : "Le déchirant conte africain de Paule Constant"

viederomanthe. "Des chauves-souris, des singes et des hommes", de Paule Constant

Elle. Marguerite Baux : "Un thriller viral"

Good Reads. Eleanor Velt : "Des chauves-souris, des singes et des hommes"

L'Hémicycle. Benoît Duteurtre : "Le roman d'un virus"

France Info, Le livre du jour. Philippe Vallet : "Des chauves-souris, des singes et des hommes"

TV5. La magazine de la santé. Paule Constant pour "Des chauves-souris, des singes et des hommes"

La Revue des deux mondes. Frédéric Verger :"Lettre à Paule Constant"

Le Figaro magazine. Marie Rogatien : "Mal d'Afrique"

Librairie Mollat. "Paule Constant : Des chauves-souris, des singes et des hommes"

Cosmopolitaine. Paula Jacques : "Paule Constant : Des chauves-souris, des singes et des hommes"

France Ô. Daniel Picouly : " 'Page 19' : Paule Constant"

Le Populaire. Laurent Borderie : "Paule Constant, Annie Ernaux, deux regards puissants"

doucet.blog. FO et MAD : Des chauves-souris, des singes et des hommes - Paule Constant

parutions.com. Marie-Paule Caire : "Au bord du fleuve Ebola..."

Nice-matin. Laurence Lucchesi : "Des chauves-souris, des singes et des hommes"

Plume au vent. "Paule Constant : Des chauves-souris, des singes et des hommes"

Le Monde des livres. "Sur les rives infectées”

L'Humanité. Jean-Claude Lebrun : "Une rivière en Afrique"

La Nouvelle Revue Française. Hédi Kaddour. "Paule Constant : Des chauves-souris, des singes et des hommes"

parisladouce : "Des chauves-souris des songes et des hommes - Paule Constant"

Le Soir (Belgique). Pierre Maury : "Paule Constant et l'Afrique des épidémies"

Sciences et avenir. Andreina De Bei : "Des chauves-souris, des singes et des hommes"


Livres-Hebdo, 12 février 2016

 Le Christ s’est arrêté à Ebola

Paule Constant revient à ses racines africaines, dans un roman sensible et grave.

C’est la Paule Constant d’Ouregano (son premier livre, paru en 1980 chez Gallimard) qui revient ici à son inspiration originelle, celle de l’Afrique de son enfance. Avec un roman qui commence de façon gaie, par la peinture d’une petite tribu, les Boutouls, des chasseurs-cueilleurs qui vivent de façon traditionnelle sur les bords d’une rivière. L’héroïne se prénomme joliment Olympe, elle a 7 ans. Libre de ses mouvements, elle est au plus près de la nature, des animaux. Comme ce bébé chauve-souris qu’elle adopte un jour et qu’elle tente d’élever. Au village, Olympe, on ne sait trop pourquoi, passe un peu pour un bouc émissaire, la seule de sa famille,  la seule fille aussi, tandis que ses frères, Achille, Léonide, et les petits derniers, Emile et Hector, sont mieux considérés. Tout cela ne serait que bénin si, rapidement, un sort cruel ne venait à frapper.
Il y a d’abord la mort, accidentelle, de la petite chauve-souris, qu’Olympe écrase sous son pied, sans le vouloir bien sûr. Il y a surtout cette dramatique tromperie des jeunes mâles de la tribu. Paris à la chasse, ils rapportent triomphalement au village le cadavre d’un énorme gorille, un de ces silverbacks qui vivent encore alentour, de plus en plus rares à cause du braconnage. Tout le monde se partage la viande, abondante et savoureuse. Mais, en fait, les chasseurs n’ont pas tué eux-mêmes le primate, ils l’ont trouvé déjà mort, mais en plus porteur d’un virus dont le nom est devenu depuis aussi connu que redoutable : Ebola. Celui-là même de la rivière qui baigne le village des Boutouls. Et c’est ainsi que naît une épidémie.
Tandis que Docteur Désir, le colporteur businessman, acquiert la peau (contaminée) du gorille pour en faire un trophée lucratif, Agrippine, médecin belge, vient prêter main-forte aux sœurs de la mission, et préconise une campagne de vaccination. Contrairement à Virgile, un jeune normalien, petit-fils d’un médecin-général de la coloniale, partisan des médecines traditionnelles. Faut-il ou non vacciner ? Tant pis, Agrippine agit.  Mais trop tard. La famille d’Olympe est touchée, puis le roman vire à l’hécatombe. Virgile, quant à lui, rescapé, rapportera le virus à Paris.
Avec son habituel talent de conteuse, Paule Constant signe un roman très actuel, “environnemental”. Sans poser à la spécialiste, elle y traite de déforestation à cause de la culture intensive de l’hévéa, de désinsectisation, d’épandage, de braconnage... De la fragilité humaine face aux fléaux naturels. Le style est nerveux, sans gras, non sans une pointe d’ironie. On est au plus près de l’Afrique réelle, décapée de tous les clichés.

Jean-Claude Perrier.

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Le Parisien-Magazine, 26 février 2016

Aux origines du mal

Membre de l'Académie Goncourt, Paule Constant livre un conte éclairant sur la genèse du virus Ebola, qui a ravagé l'Afrique de l'Ouest.

Les écrivains ne sont pas toujours centres sur eux-mêmes. Il y en a même qui,  ô surprise, décryptent les secousses du monde. Parmi celles que le monde a connues récemment : le virus Ebola en Afrique de l'Ouest. Officiellement constatée en mars 2014, l'épidémie a fait plus de 11000 morts et touche désormais à sa fin. Mais pas pour Paule Constant, qui publie "Des chauves-souris, des singes et des hommes", un conte glaçant et rigoureusement véridique - comme les grands cuisiniers, les écrivains mêlent les saveurs contraires. Dans un village africain, une petite fille, Olympe, cajole une chauve-souris blessée. Mais tous l'ignorent, occupés à admirer un cadavre de grand singe que les jeunes garçons ont ramené de la brousse.  Quelques jours plus tard, les habitants pleurent du sang et s'effondrent. Non loin, la rivière Ebola coule paisiblement dans la forêt congolaise : elle a donné son nom au virus, qui a sévi, pour la première fois, à proximité, en 1976.
Une dangereuse innocence
Paule Constant a donc choisi de remonter à l'origine de l'épidémie. Ou comment un geste enfantin (soigner une chauve-souris ou rapporter fidèlement un cadavre de singe provoque la ruine). En d’autres termes, l’innocence amène la catastrophe. Voilà la première leçon : la maladie ne connaît donc ni coupable ni bouc émissaire, sauf à considérer qu'une bravade d'enfant relève du crime. Deuxième leçon : “Les maladies souffrent de solitude, écrit Paule Constant. Un seul malade n'est pas assez.” Les rites funéraires, où les proches sont en contact avec la dépouille, ont contribué à la propagation du virus. Paule Constant n'ignore pas ces coutumes. Dans son roman, le mal frappe tout le monde :  Olympe, le personnel du misérable hôpital,  les explorateurs occidentaux, adeptes des “comptines écologiques”.
Dans la tradition des griots
Troisième leçon : l'implication des animaux remet en cause la suprématie humaine. Les chauves-souris ont transmis Ebola aux singes, qui ont contaminé les humains. La maladie met ici à égalité l'homme et l'animal, tous deux victimes d'Ebola. Quatrième leçon : conçu en petits chapitres cisaillés comme des morsures, raconté avec l'oralité des griots, ce conte mêle magnifiquement thriller, poésie et traités savants.

Clara Dupont-Monod

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La Provence, 28 février 2016.

" Paule, l'Afrique, Ebola et quelques bonnes volontés " (cliquer sur le lien)

Jean-Rémi Barland

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La Revue littéraire (Edit. Léo Scheer), mars-avril 2016

"Paule Constant, "Des chauves-souris, des singes et des hommes' (Gallimard)" 

    L’Afrique reste dans l'œuvre de Paule Constant une source d'inspiration privilégiée, que ce soit pour donner le récit de son enfance, ou pour se faire l'écho des tragédies qui accablent aujourd'hui ce continent. C'est dans l'Afrique contemporaine que débarque Agrippine, médecin qui entend “réaliser une campagne de vaccination au nord Congo sur un fleuve qui (fait) le dos rond au milieu de sa résille d'affluents”, et soigner des populations souffrant de diverses épidémies. Dans le petit dispensaire de campagne, tenu par des sœurs,  où elle est accueillie, elle rencontre Virgile, un jeune chercheur français en histoire de la médecine, qui travaille sur les possibles liaisons entre l'apparition de nouveaux virus et les effets de la colonisation, notamment la culture intensive de l'hévéa. Au cours de leurs recherches et de leurs déplacements, ils rencontreront des villageois qui semblent contaminés pour avoir mangé un gorille “Silverback”, mort dans des conditions inexpliquées. “On ne mange pas la viande que l'on trouve, on ne mange pas la bête dont on n'a pas vu le corps frémir. On ne mange pas ce qui ne se défend pas ou ne cherche pas à  fuir. Et puis manger du singe, ce n'est  pas la  même chose que manger un autre animal, il y a des cérémonies à  pratiquer pour le déshumaniser”. Est-ce “l'homme-singe”  ou l'hévéa qui est à  la source de ce virus qui semble s'étendre sur les berges de la rivière Ebola ?
   Le roman se joue à  l'intersection de ces deux mondes, rationnel et magique, scientifique et primitif, ethnographique et poétique, européen et africain, que Paule Constant fait se rencontrer dans un jeu de miroirs sans qu'aucun des deux l'emporte, même si la propension à  la magie tend, dit-elle, à  se redéployer après le règne sans partage des objets, même à  la valeur dérisoire. “Tout cauchemar comporte sa part de vérité, tout fantasme repose sur une réalité, tout conte dit un secret qui nous concerne, toute argumentation folle déploie sa logique  imparable, toute condamnation n'est pas forcément injuste, toute répression est fondée. Personne ne se trompe tout à  fait mais personne n'a raison.” Elle ne cherche pas à  imposer une vision définitive,  mais à  nous faire partager sa connaissance intime de l'Afrique, et à  nous faire réfléchir sur le devenir de cette vaste région du monde qui ne peut pas rester complètement isolée de l'Occident, ni des puissances qui continuent d'exploiter à  outrance ses richesses.
    Ce voyage au cœur des ténèbres épidémiques est aussi un voyage vers la question des origines, servi par un style dont l'élégance et la précision toutes classiques permet l'unité des points de vue et des histoires personnelles qui s'entrelacent ici avec la plus grande maîtrise, notamment avec un art de la progression remarquable, un peu comme si on quittait la forêt originelle pour se laisser conduire par la lenteur lumineuse du fleuve.

Angie David

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France 5, La Grande Librairie, 3 mars 2016

"Paule Constant : le roman sur l'épidémie Ebola"  (cliquer sur le lien)

Emission animée par François Busnel

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La Marseillaise, 6 mars 2016

"Une fable d'aujourd'hui" (cliquer sur le lien)

Anne-Marie Mitchell

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Radio Notre-Dame, 8 mars 2016

La voix des livres
Paule Constant pour "Des chauves-souris, des singes et des hommes"
(cliquer sur le lien)

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Le Figaro littéraire, 10 mars 2016

"Sur les rivières de la mort" (cliquer sur le lien)

Patrik Grainville

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femmesdelettres.wordpress, 13 mars 2016

Réflexion sur "Paule Constant, Des chauves-souris, des singes et des hommes"

Le titre du roman amplifie celui de John Steinbeck, Des Souris et des hommes, New-York, 1937. Peu de liens thématiques entre les deux œuvres, mais des liens idéologiques et historiques profonds.
Le roman, tout récent (mars 2016), est l’aboutissement d’une longue tradition littéraire qu’il réactualise, ou plutôt dont il démontre l’effroyable actualité. Il est utile d’en rappeler les premières étapes. Au bout du parcours, nous retrouverons Paule Constant.

Fin du XIXe siècle. Le capitaine belge Fresleven, « l’homme le plus doux et le plus calme du monde », part récolter l’ivoire au Congo, dans les colonies de Léopold. Il meurt deux ans plus tard, ayant brutalement engagé une rixe injustifiée avec des indigènes innocents qui se défendent et le tabassent à mort.
Le Cœur des ténèbres de Joseph Conrad (Heart of darkness, Edimbourg, 1899) relate le voyage de son remplaçant, Marlow, sur un fleuve du Congo que le romancier ne nomme pas et qui conduit aux postes les plus avancés de la Compagnie coloniale.
Le héros, bourgeois, blanc et propre sur lui, s’enfonce dans les profondeurs de l’Afrique noire. À mesure qu’il avance, la noirceur de l’âme humaine et les vices des occidentaux soi-disant civilisés apparaissent au lecteur horrifié. Marlow, à la fois fasciné et dégoûté, découvre que le plus exalté et le plus mystique des missionnaires chrétiens est aussi le plus furieux des exterminateurs d’indigènes.

Aujourd’hui nous savons tout cela. Le sadisme de la colonisation nous est une évidence. On l’enseigne au collège. Mais en 1899, en feuilleton dans un magazine tory (conservateur), l’histoire a laissé un souvenir impérissable. Les réécritures en langue française de ce voyage initiatique sont nombreuses ; la plus marquante est peut-être celle de Céline dans Voyage au bout de la nuit, 1932, où Ferdinand Bardamu part sur les traces de son ami Robinson dans la jungle du Congo, le long d’un fleuve anonyme, sur les ordres de l’administration coloniale. Là encore, le héros n’y trouvera que la désillusion sur la bonté humaine. Le bout de la nuit, le cœur des ténèbres.

Paule Constant est la fille d’un gouverneur de Cayenne (Guyane). Elle aura passé sa vie à rendre publics les « secrets de famille » de la colonisation européenne, comme dans Confidence pour confidence en 1998 et plus récemment, C’est fort la France !, 2013. Cette année, le secret qu’elle nous révèle est récent. Comme chez Conrad, comme chez Céline, il est né d’un fleuve infernal et désert, un Styx congolais. Cette fois-ci pourtant, le fleuve a un nom : Ebola.
Mais attention, cette fois le lecteur est averti. Il a eu des cours au collège sur la colonisation, il sait que les missionnaires ont fait plus de mal que de bien aux africains, il n’est pas étonné d’apprendre que les Sœurs de la Mission stérilisent leurs aiguilles seulement à la fin de la journée.
Le lecteur, il fait confiance à Agrippine, la jeune femme de Médecins Sans Frontières : Agrippine, elle sait de quoi elle parle, elle a fait des études contrairement aux missionnaires à l’époque de nos parents, l’époque de la « préhistoire de la médecine » (p. 83).

Or, et Paule Constant nous amène à l’avouer, la « préhistoire » n’est pas si loin de notre civilisation qu’on le pense. Une épidémie nouvelle, indescriptible, encore anonyme, s’attaque à un village qui a osé manger le corps d’un gorille trouvé mort, un village dont une petite fille a osé recueillir entre ses doigts une chauve-souris mal en point. « Toute maladie naît d’une transgression » (p. 84).
Tous les pouvoirs de la sorcière, toutes les offrandes aux dieux dans les montagnes ne suffiront pas à expier cette double faute, non plus que l’attention d’Agrippine à sauver la petite Olympe qui a recueilli la chauve-souris. Face au virus qui se propage le long du fleuve, vers les hommes, vers les villes et qui contamine finalement tous les continents, la science est à égalité d’ignorance avec les pratiques magiques multimillénaires.
C’est ici que le titre de Steinbeck résonne dans celui de Paule Constant. Toute l’œuvre de Steinbeck est écrite en opposition à l’idée de Progrès dans l’humanité. Selon lui, l’humanité n’est capable que de sur-place. À l’Est d’Éden (1952), par exemple, est une longue fresque historique qui montre plusieurs membres d’une même famille répéter inlassablement de mêmes les grands crimes bibliques, à leur manière contemporaine.
Des chauves-souris, des singes et des hommes constitue, de la même manière, une démonstration progressive (dont la subtile et suggestive progression est à mon avis la plus grande force) que nous ne sommes pas aussi loin de la « bêtise coloniale » (p. 59) que nous ne voudrions le croire. L’organisme humanitaire qui envoie Agrippine est aussi ignorant de la vie congolaise que pouvait l’être la Compagnie qui envoyait Marlow dans Le cœur des ténèbres de Conrad. Nous n’avons fait aucun progrès, semble-t-il, depuis la médecine des missionnaires du XIXe siècle. La maladie, la mort nous demeurent les plus insondables mystères.
Dès lors, le voyage d’Agrippine, qui se voulait la propagatrice des vaccins salvateurs dans les villages les plus reculés du Congo, n’est que la malheureuse répétition des voyages des Sœurs chrétiennes du passé ; c’est un voyage qui répète un voyage, comme celui de Bardamu sur les traces de Robinson ou de Marlow sur celles de Fresleven : c’est une nouvelle « Télémachie » (le voyage de Télémaque sur les pas de son père Ulysse), et ici également un voyage de Paule Constant sur les traces de son père gouverneur colonial… Toute vécu est revécu ; toute œuvre est une réécriture.

Ce n’est qu’aux dernières lignes que la romancière nous le confirme : nous avons assisté, dans son roman, à l’origine profonde, au « cœur des ténèbres » qui a vu naître la pandémie du virus Ebola, encore à ce jour non-maîtrisé. Demeurant anonyme tout au long du livre, le virus devient le criminel d’une sorte de thriller médical très bien mené. J’aurais pu aussi parler de la relation du roman avec les corpus de contes africains, ou d’autres corpus, parce que Paule Constant se montre toujours très érudite et qu’on sent à chaque page beaucoup de lectures intériorisées.

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Babelio.com, 14 mars 2016

Paule Constant : "Des chauves-souris, des singes et des hommes"

C'est lors d'une émission récente de la Grande Librairie que la verve et l'enthousiasme de François Busnel m'ont convaincue de découvrir "Des chauves-souris, des singes et des hommes". Aucun regret puisque ce livre au titre digne d'une fable de La Fontaine m'a totalement conquise.
Paule Constant nous entraîne au Congo, au bord du fleuve Ebola, dans la tribu des Boutouls où Olympe, une fillette de sept ans trompe sa solitude en jouant avec une chauve-souris tombée d'un arbre. Au même moment, le groupe des garçons qui ne l'ont pas voulue dans leurs jeux, reviennent de la forêt avec le cadavre d'un gorille qu'ils disent avoir chassé et tué, un beau dos-argenté qui fera une excellente viande de brousse. Mais pourquoi après le gargantuesque repas, un mal mystérieux décime-t-il la tribu, en commençant par les petits frères d'Olympe ? Est-ce donc vrai qu'elle porte le mauvais oeil car elle a interrompu par sa naissance une longue lignée de garçons ? La sorcellerie réussira-t-elle a interrompre le sort ? D'autres personnages inattendus viendront croiser le chemin de la fillette, d'abord Agrippine, qui a fui sa vie en même temps que le confort européen pour se fondre dans une organisation humanitaire venue faire une campagne de vaccination. Médecin belge, elle va confronter ses idées à celle de Virgile, jeune sociologue et ethnologue à propos du réveil des maladies endémiques. La théorie va devenir rapidement réalité avec les rencontres, les contacts qu'ils soient entre humains ou avec les animaux et les échanges commerciaux.
Au passage, Paule Constant en profite pour évoquer l'intervention pas forcément glorieuse des "Blancs" sur le continent africain, qu'elle soit passée, principalement à travers l'époque coloniale, mais aussi actuelle avec la description d'une équipe de primatologues davantage préoccupée par la situation des gorilles que celle des populations locales. Je suis restée sous le charme de son écriture qui mêle, tel Baudelaire, la poésie et le macabre avec une élégance de "première de la classe", et cela dans la plus pure tradition du conte africain. Elle nous dépeint une Afrique vraie avec ses traditions, sa magie noire, opposée à une Europe qui agite le goupillon et le microscope, hésitant entre foi et science pour lutter contre les épidémies mais dont l'action des organisations humanitaires restent limitée par manque de moyens.
Le livre étant construit comme un véritable thriller, le responsable des morts successives n'apparaît que dans la toute dernière phrase. Pourquoi alors lorsque l'auteure présente son roman dans une émission télévisée, aucun mystère n'est fait sur le sujet ? J'ai trouvé cela dommage, un peu comme si on dévoilait le coupable d'un roman policier lors de la campagne promotionnelle. Même si mon plaisir a été de ce fait un peu gâché, je ne peux qu'accorder un 20/20 à ce périple mortel.

ladesiderienne

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Vouslisez.com, 16 mars 2016

Des chauves-souris, des singes et des hommes, de Paule Constant

L’OMS vient de publier un rapport selon lequel une personne décède chaque minute dans le monde à cause d’une maladie infectieuse. Paule Constant est bien placée pour nous parler des grandes épidémies: son père était médecin militaire et son mari est un infectiologue réputé. A travers cette fiction, l’auteure tente d’identifier la chaîne d’une mystérieuse épidémie mortelle en partant du premier malade: un gamin de deux ans nommé Emile. Tout se passe en Afrique, au Congo, dans la tribu des Boutouls entourée du désordre des herbes bambous et des plants de manioc. La sœur d’Emile, Olympe, joue avec un bébé chauve-souris sous un manguier alors que les garçons de la tribu partent à la recherche de gibier dans la Montagne des nuages. Quelques jours plus tard, l’ensemble de la tribu partage un festin: de la viande de brousse rapportée victorieusement par les garçons. Dans cette région, des sœurs et bénévoles de « Médecins Sans Frontières » s’activent pour soigner les populations en menant des campagnes de vaccination. Le personnage d’Agrippine est docteur en médecine et voyage pour des ONG, au gré des guerres et des épidémies, loin d’un système auquel elle n’adhère pas. Aux côtés de Virgile, un ethnologue, Agrippine va confronter ses thèses à propos des maladies endémiques. Malheureusement, l’ignorance et le manque de moyens favorisent le développement des épidémies et la bonne volonté ne suffit pas. La superstition est un autre grand thème du roman: Olympe sera destinée à porter la malédiction de la tribu. La nature se venge t-elle des hommes? Paule Constant, membre de l’Académie Goncourt, dépeint talentueusement la beauté de l’Afrique, ses croyances et ses traditions. C’est avec plaisir que nous partons dans cette aventure pourtant dénuée de mystère car Paule Constant a déjà dévoilé, dans quelques interviews, le nom de l’épidémie dont elle décrit les mécanismes: Ebola.
Bon moment de lecture.

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Passion classique, 17 mars 2016

Paule Constant, on dirait le sud

Son roman a la limpidité d’un conte africain, l’amertume souriante d’une fable de La Fontaine, le rythme implacable d’une tragédie de Racine et un parfum de Le Clézio. Nous sommes toujours entre deux mondes, deux sons de cloche, l’ombre et la lumière, le rire et les larmes. On est au coeur du noyau du jeu de la vérité et du style poétique. Des chauves-souris, des singes et des hommes. Paule sud.

Olivier Bellamy

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La dépêche du midi, 17 mars 2016

Paule Constant, "Des chauves-souris, des singes et des hommes"

Académicienne, prix Goncourt en 1998 pour son livre “Confidence pour confidence”, Paule Constant est une écrivain attachée au sud. Née dans les Pyrénées Atlantiques, elle a fondé à Aix-en-Provence le “Centre des Écrivains du Sud Jean Giono”. Surtout, livre après livre, elle construit une œuvre qui interroge, directement ou non les grandes questions qui nous interrogent. Avec “Des chauves-souris, des singes et des hommes”, elle raconte la naissance d’une épidémie en Afrique, au bord de la rivière Ebola. D’une petite fille qui recueille une chauve-souris malade à une mission d’exploration sur la vie des derniers grands singes, c’est alors l’histoire qui se télescope. Et en un peu plus de 150 pages, Paule Constant réussit un tour de force extraordinaire en mêlant mythes africains, l’amour, l’innocence perdue et la mort.

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"Culture et bibliothèque pour tous", Note de lecture, 23 mars 2016

CONSTANT Paule
Des chauves-souris, des singes et des hommes

Olympe, la petite fille rejetée par ma tribu, un bébé chauve-souris au creux ces mains, regarde les garçons revenir au village triomphants : ils ramènent le cadavre d’un gorille, tous peuvent se gorger de “viande de brousse”. A proximité, le petit dispensaire est la dernière station le long de la rivière. Les religieuses y accueillent Agrippine, médecin expérimenté, qui prévoit une campagne de vaccination ; et Virgile, jeune ethno-sociologue qui étudie l’impact sanitaire des perturbations du milieu naturel. Enfin, circulant en pirogue avec sa pacotille, le Docteur Désir, colporteur avide, récupère la peau du gorille à des fins magiques et lucratives...

Les personnages sont en place pour le désastre. Il progresse, implacable, dans la touffeur de l’Afrique où s’affrontent les cultures ancestrales, les restes d’une médecine coloniale sommaire, la modernité scientifique, les idéalismes  et leurs aveuglements. Les psychologies sont abordées dans leur abyssale diversité. La dureté du quotidien se teinte de l’imaginaire des hommes, de la sauvage grandeur de la nature. Une question se pose, qui sous-tend le texte factuel et évocateur : comment, pourquoi naissent les épidémies, comment les affronter ? Paule Constant explore magistralement la terrifiante complexité du problème.

M.W.  et Maje

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Blogs Nouvelobs, 1er avril 2016

"L'importance d'être Constant"

L’excellente maison Gallimard, que le Très-Haut lui donne longue vie et prospérité (laquelle prospérité lui permettra de continuer à me verser des droits d’auteur, au passage), vient de publier un roman que, ne reculant devant aucun qualificatif, je n’hésiterai pas à qualifier de magnifique. Voire de superbe. Et tiens, allez, parce que c’est vous : de beau.

Il s’agit du dernier livre de Paule Constant. Car ce n’est pas parce qu’on est membre de l’Académie Goncourt qu’on ne peut pas écrire d’excellents romans. Ça s’appelle Des chauves-souris, des singes et des hommes.
Déblayons d’abord le propos : ça se passe aujourd’hui, au fond d’une Afrique équatoriale qui est encore un peu celle d’Au cœur des ténèbres de Conrad, les ONG en plus. D’un côté, des Européens pleins de bonnes intentions qui viennent en Afrique pour soigner, vacciner des hommes et observer, voire sauver des grands singes. De l’autre, des Africains, et surtout une petite fille, montrés dans leur relation à l’autre : l’animal, l’européen, les esprits. Ces deux mondes s’effleurent plus qu’ils ne se rencontrent. C’est autour des animaux que tout va se passer, comme l’indique le titre.

Avant tout, c’est très bien écrit. Et une fois qu’on a dit ça, on pourrait s’arrêter, en un sens ça suffit. C’est très bien écrit parce que sans lourdeur, sans effets voyants ni culture de la grosse métaphore de campagne mais avec un vrai sens poétique. Il faudrait citer d’innombrables passages qui étonnent et réjouissent par un sens de la trouvaille, mais de la trouvaille discrète. Magnifiques, les pirogues immenses, évoquant les arbres géants dont on les a tirées, lesquels sont décrits comme des univers autonomes, des galaxies. Superbe, le traducteur polyglotte dont l’ « entendement sans cesse sollicité émettait des grésillements d’abeilles ». M’a achevé, dans les dernières pages, « les bateaux à l’ancre pris dans la lente et profonde parturition qui les faisait gémir sur leurs chaînes ». On est parfois dans la lignée de Giono.

Pour être pédant, l’image n’est jamais ressentie comme gratuite dans la mesure où la microstructure rhétorique répond toujours à la macrostructure narrative. Les métaphores sont presque toujours, j’y reviendrai, des images de la relation et de l’interdépendance, de la tension entre attachement et liberté, unité et multiplicité.
La narration est brillante, mais sans ces effets trop clinquants faits pour attirer le gogo et le journaliste moyen qui aime la verroterie littéraire comme les sauvages de bande dessinée la pacotille. Un brio sans gratuité, une manière de raconter et de construire qui est aussi une vision du monde. Premier grand trait de cette narration : on suit pendant presque tout le récit deux des personnages principaux, qui ne se rencontrent pas : l’un est du côté des Européens, l’autre du côté des Africains. Au moment où ils finissent par se rencontrer, fortuitement, issus de deux mondes étrangers, on comprend qu’ils étaient faits l’un pour l’autre, que tout se construisait pour cette rencontre. Mais cette construction classique est déjouée : à peine se sont-ils trouvés, sans se connaître, sans se parler, voilà que l’un des deux meurt. Ce qui me semble une manière à la fois efficace et juste de renouveler le vieux Destin des tragédies.
Encore plus fort, encore plus juste : cet échec de la rencontre n’est pas l’issue du roman, la narration n’est pas construite entièrement en fonction de lui. C’est un effacement discret de l’effet tragique, suprême élégance, et aussi réalisme : les tragédies sont bien souvent invisibles, estompées.
Voilà ce que j’appellerai une justesse de la construction. Et au passage la preuve que le roman peut encore exploiter des ressources narratives nouvelles tout en restant de facture relativement classique. Paule Constant nous montre, avec ce livre, que le roman peut être une forme vivante et inventive, sans se cantonner aux vieilles recettes, mais sans aller nécessairement chercher du côté des formalismes et des avant-gardismes.

Pour nous résumer, le récit se fonde sur une dialectique implicite, et c’est cette dialectique même qui est à la fois tragique et réaliste :
1-Le récit met en scène deux mondes étrangers. Il crée les conditions de leur rencontre en la personne de deux êtres : classique, et littéraire.
2-La rencontre a lieu, mais n’a pas lieu, il n’en reste que le regret : dépassement du truc littéraire par lui-même, tragique authentique.
3-Cette non-rencontre est elle-même engloutie comme événement secondaire : accentuation du tragique dans la banalité même, et accès à la représentation réaliste, hors du réalisme plat, c’est-à-dire non dialectique, donc non vrai.

Autre trait narratif dominant, l’absence de héros, de personnage principal. Le devant de la scène est occupé à certains moments par des personnages que l’on prenait pour de simples utilités, et qui acquièrent tout à coup une dimension imprévue. Manière de varier la profondeur de champ, de montrer que chaque être est une histoire. On les suit un moment, on les quitte, on revient à d’autres. Chaque échappée esquisse un petit roman, comme celui qui montre le colporteur de brousse tout entier tendu vers la gloire de ses obsèques et de son cercueil. Et cela ne se limite pas aux hommes, c’est ce qui est particulièrement réjouissant dans ce roman qui en peu de pages, avec une sorte de maîtrise économique de la narration, parvient à mettre en scène non pas des hommes, mais un écosystème fictif, une interdépendance, renversant les hiérarchies convenues. Qui est le héros ? Une petite fille noire, une jeune femme médecin, un marchand ambulant africain, une peau de singe, un virus, le fleuve, l’Afrique, peu importe, on comprend que le héros c’est leur relation, et la maladie virale, une métaphore puissante et juste de la relation. C’est le sens même de la chute du récit (que je vous épargne). Seul excellent romancier fait de la relation le héros. Paule Constant ne s’embarrasse pas de psychologie, comme nos romanciers façon grand-mère qui tricotent des personnages à l’ancienne et débitent du paletot roman après roman. Elle esquisse des types, des mythes, des fonctions, des manières d’être au monde, dont les évidentes différences ne peuvent pas masquer la profonde solidarité.

Enfin, et c’en est la conséquence logique, la relation du romancier à ses personnages est empreinte de la même justesse que le langage avec lequel il les décrit. Africain et Européens ont droit à la même dose de compassion et d’ironie. Certains sont complètement enfermés dans leurs déterminations individuelles ou culturelles. D’autres tentent d’en sortir, plus ou moins maladroitement. Leurs échecs tiennent soit à un excès de détachement, soit à un à trop profond attachement à leur place, à leur milieu, à leur fonction. La question est la fois implicite et lancinante : existe-t-il un équilibre de liberté et de contrainte qui pourrait donner aux hommes le sentiment d’être justes ? Voilà, par excellence, une question romanesque, à la fois éthique et narrative. Ce n’est pas Thomas Pavel qui me contredira.
En musique comme en littérature, on a l’oreille juste ou pas, on joue juste ou faux. Et c’est l’essentiel : Le juste, c’est le beau comme résonance du vrai. Ce roman, on le sent tout de suite, joue juste. D’où le titre de cet article, que je dédie au passage aux amateurs de Wilde. Il est important, aujourd’hui, d’être une romancière (ou un romancier, ne soyons pas sexistes) qui publie des textes à la fois accessibles à tous et indemnes des représentations stéréotypée dans lesquelles tourne trop souvent en rond le roman grand public. Des textes qui font ce que doit faire la littérature : nous proposer une manière plus riche et plus vivante d’expérimenter le monde.

Pardon, j'ai été long, je me suis laissé emporter, mais ça valait le coup, je crois.

Pierre Jourde

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Bilan, 30 mars 2016

"Ebola le poème" (cliquer sur le lien)

Metin Arditi

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Le Petit Journal (Toulouse), 30 mars/5 avril 2016

"Des chauves-souris, des singes et des hommes"

Paule Constant, un écrivain français (Prix Goncourt – Prix de l’Académie française) habille sa littérature de ce terreau africain qu’elle connaît bien. Le sujet de son roman est grave. Ebola a tenu en haleine pendant des mois ce pays. Des centaines d’Africains en sont décédés. Le point de mire du roman, une fille qu’on dit responsable (faute à la chauve-souris) et le médecin confronté au virus.
On parle d’imaginaire, mais là, Paule Constant expose une réalité dramatique. Elle sait romancer cette histoire car elle connaît cette Afrique, son chaos avancé, la misère, la peur, les sensations dramatiques, surtout la solitude des uns et des autres. On est  envoûté car elle nous entraîne dans un récit d’une Afrique contemporaine où la magie est constamment présente. Elle a aussi cette immense chance d’avoir pour époux un brillant médecin qui connaît bien les médecines coloniales.
Le roman, c’est une sorte de puzzle, car Paule Constant semble ne rien oublier, la religion, les maladies, les envoûtements. Les personnages qui évoluent, ce sont des personnages que l’on rencontre encore aujourd’hui, là au Congo et dans toute l’Afrique. Livre qui mérite d’être étoilé, tant l’émotion est dense.

Jacques de Bono Scotto

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L'Ardennais, 3 avril 2016.

Paule Constant a le virus de l’Afrique

L’Afrique de Paule Constant est épaisse et chaude. Elle sent la terre et résonne des histoires magiques. Déjà, dans White Spirit, elle nous avait entraînés sous les feuillages des bananeraies à la rencontre de personnages un peu loufoques. Cette fois-ci, l’histoire se passe au Congo. Paule Constant (prix Goncourt 1998) fait se croiser deux itinéraires. Celui d’Olympe, une fillette qui ramasse une chauve-souris et la ramène dans son village. Et celui du tandem Virgile et Agrippine, le jeune ethnologue et la médecin sans frontière. L’un, bourré de certitudes, l’autre de bonne volonté. Les deux itinéraires sont parsemés de morts mystérieuses. Dans le village d’Olympe, les garçons ont ramené un grand singe mort, rapidement dépecé et englouti lors d’un festin comme on n’en avait pas eu depuis longtemps. Même le docteur Désir, l’invraisemblable marchand ambulant, PDG de la Ressource de l’Africain, y participera et repartira avec la peu de l’animal, échangée contre des babioles. Virgile et Agrippine, au cours d’un voyage en pirogue, recueilleront Olympe. Le mal mystérieux se répand au fur et à mesure que tout le monde se croise, se touche, s’embrasse. Il n’y a ni médicament, ni explication. Le virus Ebola est venu d’une chauve-souris et d’un singe mort. Il poursuivra son chemin jusqu’au RER. Le héros de ce roman est invisible. C’est un virus. Maintenant que l’épidémie semble jugulée, on goûtera avec bonheur ce conte moderne qui mélange pittoresque et gravité.

Sébastien Lacroix

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Le Point, 7 avril 2016.

Une fable africaine ?
Un village où coule une rivière nommée Ebola. Un thriller médical signé Paule Constant, Goncourt 1998.

Olympe tient une chauve-souris entre ses mains, sa douce alliée dans ce village du Congo où il ne fait pas bon être une petite fille de 7ans qui encombre les garçons. Au même moment arrive là un médecin sans frontières, Agrippine, pour   une campagne de vaccination sur une rivière dont le nom se répandra tragiquement. Elle est accueillie par les sœurs de la mission locale et rencontre Virgile, chercheur spécialisé dans les plantations d'hévéas, petit-fils d'un médecin-général qui, autrefois, «fit» l'Afrique. Les lecteurs d'«Ouregano» le reconnaîtront. Pourtant, la romancière change de registre, se fait fabuliste de notre temps, déploie une écriture qui sort de ses gonds, plus sensuelle, plus impressionniste, plus politique que d'habitude. En frôlant même le thriller ... Car un jour des garçons rapportent de brousse le cadavre d'un grand singe: aubaine, de la viande pour tous! Mais que réserve ce festin? Ni l'Occident surmédicalisé ni la tradition africaine n'approuvent cette orgie carnassière. Et voilà tout l'art de ce livre : entremêler, de scènes en dialogues, de visions en tableaux, les mentalités, les histoires, les traumatismes et les préjugés, les rires et les peurs, l'admiration et la révolte ... «Des chauves-souris, des singes et des hommes», dit le titre, mais aussi un Docteur Désir et une Sœur Cimetière, un Thomas traducteur qui monte dans une pirogue baptisée «S'en fout la mort» sans savoir ce qui l'attend, et même un couple énamouré de primatologues ... Autour de la maladie qui menace, on a l'impression de pouvoir palper toutes les émotions qui sourdent de ces pages parfois douloureusement belles, car ancrées, encrées, dans cette connaissance de la terre d'Afrique que, visiblement, Paule Constant habite toujours.

Valérie Marin La Meslée

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Cuneipages.wordpress, 7 avril 2016

Des chauves-souris, des singes et des hommes - Paule Constant

Tandis qu’une petite fille frustrée de n’avoir pu accompagner les garçons à la chasse recueille un bébé chauve-souris mal en point, un gros singe est rapporté au village. Orgie de viande de brousse. Parallèlement, une doctoresse belge arrive non loin dans une mission tenue par des sœurs et y fait la connaissance d’un jeune ethnologue traumatisé par son grand-père médecin militaire à la période coloniale. Rencontre…
Paule Constant signe ici un roman qui pourrait ressembler à un conte s’il ne racontait hélas une réalité très concrète. En situant l’action le long de la rivière Ebola elle donne un gros indice si d’aventure on était tenté de le lire comme un thriller (avec révélation dans la toute dernière phrase), mais plus que la naissance (et le mode de propagation) d’une épidémie, c’est l’Afrique qui nous est offerte. Regorgeant de personnages hauts en couleur, d’anecdotes amusantes ou au contraire très graves, le roman semble être doté de couleurs et de sons et nous fait vivre une immersion très réussie.

Sylvie Sagnes

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La Vie, 07/13 avril 2016

PAULE CONSTANT.
Des chauves-souris, des singes et des hommes.  

Au bord de la rivière Ebola, Olympe, 7 ans, découvre un bébé chauve-souris dans les herbes. Emue, elle offre la protection de sa main à la petite boule de poils qui suscite en elle un sentiment nouveau. « Cet animal n’ouvre pas l’appétit et n’excite pas la gourmandise, mais provoque de l’amour et décide de ce que sera l’amour pour cette petite fille qui aimera ses propres enfants à la mesure de ce qu’aura fait naître une chauve-souris pas plus grosse qu’un noyau de mangue. » De leur côté, les garçons du village ramènent de la forêt le cadavre d’un grand singe. Une manne exceptionnelle pour les cuisinières peu habituées à préparer autant de viande. Peu importe après tout si le primate exhale une odeur pestilentielle : cela fait bien longtemps que l’on ne s’est pas rempli le ventre de « viande de brousse ».  Au même moment, Agrippine, médecin sans frontières, débarque dans un dispensaire tenu par des sœurs pour une campagne de vaccination, où elle rencontre Virgile, normalien plein de rêves et de fureur, auteur de recherches sur « la bêtise des de la médecine coloniale au temps des colonies ». Une souris chauve comme la déesse Fortune, un singe et des hommes : tous les ingrédients sont réunis pour qu’advienne la tragédie, celle d’un mal mystérieux qui recouvre brutalement le village d’un implacable linceul. Prix Goncourt 1998, Paule Constant signe un petit chef- d’œuvre où s’affrontent forces de vie et forces de mort dans un ballet d’images crues et éblouissantes. Une tragédie africaine à l’antique. Le chant de Sophocle sous l’arbre à palabres.

Marie-Lucile Kubacki.  

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TV5 300 millions de critiques, 9 avril 2016

Actualité littéraire : le coup de cœur d'Olivier Poivre d'Arvor

“Des Chauves-souris, des singes et des hommes”, de Paule Constant.

Paule Constant, l’auteur d’"Ouregano“, a fait des choses assez formidables.
Elle a beaucoup vécu en Afrique, en Asie, en Amérique.
Tout en étant totalement française, elle parle magnifiquement de l’Afrique, c’est assez rare.  
Là, l’histoire d’une petite fille africaine.
Bouleversant. 

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Book.ddl, 7 avril 2016

Paule Constant
Des chauves-souris, des singes et des hommes.  

Paule Constant revient à l'Afrique, terreau de son œuvre romanesque depuis Ouregano publié en 1980.Une petite fille, Olympe, veut courir avec les garçons du village qui la sèment près de la forêt. Elle découvre au pied d'un manguier une chauve-souris qu'elle emporte avec elle. Chez les Boutouls, société de guerriers et de chasseurs, les garçons rapportent le cadavre d'un énorme gorille qu'ils prétendent avoir tué. Transportée au village, la bête est dépecée et cuisinée, et tous les voisins sont invités à prendre part au festin. Agrippine arrive de Belgique pour organiser des vaccinations dans la brousse. Elle rejoint une Mission où l'attendent une quinzaine de religieuses qui soignent la population. Le Docteur Désir, avec qui elle partage une pirogue, va de village en village pour vendre des colifichets. Il troque sa marchandise contre la peau du gorille. Virgile, jeune ethnologue en tournée scientifique pour étudier le réveil des maladies endémiques causées par les plantations d'hévéas, s'arrête à la Mission. Agrippine et Virgile diffèrent dans leurs hypothèses sur la propagation des maladies. Au dispensaire se présentent des villageois, car une étrange épidémie commence à décimer le village. Olympe, qu'on désigne comme ayant le mauvais œil, est battue et abandonnée au bord du fleuve. Débarque alors une petite équipe de chercheurs en primatologie qui redescendent de la Montagne des singes. Soudain le lecteur comprend que l'histoire se passe au bord de la rivière Ebola et que s'est mis en marche le processus implacable de la diffusion d'une épidémie terrifiante. On est alors à la fin d'une histoire racontée avec maestria. On ne l'oubliera pas de sitôt.

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L'Orient littéraire (Beyrouth), avril 2016.

Ebola, la revanche de l’animal sur l’homme

C’est au cœur du continent africain que Paule Constant, membre de l’Académie Goncourt, nous projette dans son roman "Des Chauves-souris, des singes et des hommes", opus qui par son titre fait écho au genre littéraire de la fable mais qui ne tarde pas de s’affirmer comme roman réaliste relatant l’émergence du virus Ebola dans le continent noir. Paule Constant n’est pas la première à évoquer ce thème des épidémies qui secouent la planète après qu’elles ont pris naissance fortuitement et presque innocemment. La Peste de Camus et Le Hussard sur le toit de Jean Giono étaient les parangons de cette catégorie de romans où le tragique intercepte les aléas pernicieux des épidémies et où l’homme est mis face à sa mortalité, dans toute sa dimension pathologique. 

Au commencement était l’exclusion

Tout commence par un geste d’exclusion dans le roman de Paule Constant. Olympe, une enfant issue d’un milieu tribal, porte le malheur d’être née fille. Glorifiant la virilité et enfantant des générations de guerriers, la tribu d’Olympe se considère « damnée » et « victime de la colère des dieux » après la naissance de cette fille qui ouvrira la vanne des naissances féminines. On fera alors d’elle un bouc-émissaire, une victime parfaite qui portera le poids des superstitions et des injustices d’une société primitive.

Ne pouvant pas rejoindre ses frères partis à la chasse, Olympe dépitée se réfugie sous l’ombre d’un manguier. Écartant de sa main les herbes hirsutes pour s’asseoir, elle frôle une masse velue et douce au toucher. Une chauve-souris dissimulée dans le feuillage sauvage croupissait, neutre, par terre. La bête minuscule et sans forces est alors adoptée par Olympe. Elle la trimballe partout avec elle, l’embrasse, lui glisse maternellement la langue dans le museau et l’emmène avec elle au village. Pour apaiser ses petits frères, encore nourrissons, elle leur dévoile la chauve-souris. Émile, le plus petit en est émerveillé. Il veut saisir dans l’anse de sa minuscule main la bête fragile et la porter à la bouche. Le village bien à l’écart de cette scène, s’ébahit devant une masse de chair en décomposition ; une charogne de singe géant que les frères aînés d’Olympe auraient chassé, et s’en empiffre durant de longues journées. Quelques jours plus tard, Émile meurt, inaugurant ainsi une série de décès infantiles. Il est à noter qu’Émile fut, en effet, le prénom de la première victime qui a succombé au virus Ebola en 2014. Hector et Léonide, les deux autres frères d’Olympe, meurent aussi. La colère s’empare des membres de la tribu. Olympe est pointée du doigt. Elle aurait apporté avec sa chauve-souris une malédiction qui a fait périr sa fratrie, selon les accusations du milieu tribal. Olympe est alors martyrisée et battue impitoyablement par les femmes de la tribu à coups secs assénés sur son ventre, son dos et son visage. Une infirmière du nom d’Agrippine, Virgile le scientifique et des sœurs missionnaires du dispensaire avoisinant la trouvent et ne réussissent pas à la sauver. Olympe défunte aurait ainsi causé la mort d’Agrippine et Virgile aussi ; la première de chagrin de n’avoir pas pu sauver la fillette et le second contaminé du virus Ebola qu’elle portait.

Réalisme, symbolisme et superstitions

Le roman de Paule Constant est avant tout une juxtaposition de récits d’habitants de cases, coupeurs d’hévéas, marchands ambulants, piroguiers, soignants et primatologues en mission qui s’emboîtent ou se côtoient. La ligne directrice de ces différentes intrigues est le cadre spatial sur les rives de l’Ebola et au pied de la Montagne des nuages. Leur point d’intersection est le personnage d’Olympe. Et leur divergence est aussi grande que la dimension paradoxale du rapport de la réalité aux superstitions.

Les spéculations, élucubrations et analyses scientifiques de Virgile et Agrippine, deux personnages tragiques pris dans les filets infrangibles du continent africain, contrastent avec les craintes et interprétations superstitieuses des membres de la tribu d’Olympe. Là où la science pronostique des cas de paludisme sévères – avant l’identification du virus Ebola – les superstitions accablent la tribu d’Olympe d’idées noires : sortilège, fille habitée par le diable, divinités en colère, tant et si bien qu’en dépit de leur contradiction intrinsèque, raison et superstitions s’avèrent porteuses d’une même fin : « Punir ». La mort étant imparable, les frontières entre science et craintes sacrées s’estompent. Olympe se sacralise et son agonie est échelonnée en quatorze étapes au nombre des stations du chemin de croix de Jésus de Nazareth. Et la science impuissante face à l’épidémie galopante se désacralise. 

Combinés, superstitions, raison et sacré forment donc un champ bigarré où la mort rôde. Thanatos dans le roman de Paule Constant ne serait autre que la revanche de l’animal sur l’homme.

Maya Khadra.

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cathjack.ch/wordpress, 13 avril 2016

http://www.cathjack.ch/wordpress/?p=2806 (cliquer sur le lien)

Paule Constant : "Des chauves-souris, des singes et des hommes "

Vous lâchez toutes vos lectures et vous sautez sur ce roman/thriller médical ! Direction : Le Congo.

Au bord d’une rivière (Ebola), une petite fille (Olympe) adopte une chauve-souris pour se consoler de ne pas avoir été acceptée par les garçons qui sont partis à la chasse au singe. Et c’est le début d’une tragédie. Le singe est mort du virus Ebola. La chauve-souris est un porteur sain du virus. Les personnages sont attachants. La petite fille qui se sent si seule, Agrippine, l’infirmière belge qui n’attend plus rien de la vie mais se sent poussée par l’amour vers la fillette. Le traducteur Thomas qui comprend les âmes de tous. Ce roman est très documenté (le mari de Paule Constant est spécialiste en virologie). En effet le premier mort recensé du virus Ebola est un petit enfant de 2 ans nommé Emile, comme le petit frère d’Olympe. L’épidémie est un sujet littéraire qui traverse toutes les époques et qui concerne tant le passé que l’avenir : cholera, peste, fièvre espagnole, ebola, chikungunya, zika… En effet les peuples et les gens se déplacent de plus en plus, se mêlent et la mondialisation accroit la prolifération des virus/maladies. Avant les peuplades restaient et mouraient dans leur environnement.. Maintenant on sort des forêts, on va en ville, on change de continent… L’enfer (de Dante) est en route, à pied, en pirogue, en bus, en avion.. … il a pour vecteur Olympe, Agrippine, Virgile…

Et en plus de l’histoire, on appréciera le voyage en Afrique, la magie, les rites et les coutumes et la langue de Paule Constant …

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Témoignage chétien, 16 avril 2016

Paule Constant nous entraîne en Afrique, pas loin du fleuve Ebola.

Ça a commencé comme ça : quelques gamins du village sont partis chasser dans la forêt. Sans Olympe, “l’odeur des filles repousse le gibier”, trop petite (7 ans à peine), trop lente, trop “coiffée broussaille”, bref “l’infime accroc dans la toile sans défauts du destin exemplaire des Boutouls”. Une communauté accrochée à la rivière Ebola, se rêvant encore guerrière et chasseresse, que d’obscurs impératifs néocoloniaux ont transformé en “saigneurs d’hévéas”, chargés d’en recueillir la sève pour en faire du latex. Alors les émois d’une fillette... Mais parfois, d’infimes événements changent le cours des choses. Olympe découvre un bébé chauve-souris et le rapporte au village. Les garçons reviennent avec le cadavre d’un singe au dos argenté. Pas loin, dans la mission religieuse s’obstinant à combattre fièvres et blessures, arrivent Agrippine, médecin humanitaire préparant une campagne de vaccination, et Virgile, jeune ethnologue venu étudier les rapports entre maladies endémiques et culture intensive de l’hévéa. Des marchands ambulants piroguent de villages en villages, des primatologues chassent l’image des gorilles et, sans que personne ne s’en rende vraiment compte, le “mal pernicieux” s’installe, peut-être véhiculé par tous les protagonistes. Dès lors, à chacun de faire avec...
Dernier roman de Paule Constant, Des chauves-souris, des singes et des hommes évoque les débuts de l’épidémie d’Ebola. Et rend à chacun ses responsabilités.

Arnaud de Montjoye

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autourdunlivre.com, 19 avril 2016

Des chauves-souris, des singes et des hommes, de Paule Constant.

Afrique. Clan des Boutoul. Situation du clan : près du fleuve Ebola.

Olympe est une jeune fille. Comme toutes les jeunes enfants, elle aime jouer, mais dans son clan, elle a ce statut de fille qui lui vaut d'être considérée moins qu'un garçon. Un jour, elle part néanmoins avec eux et sa tante, à la chasse. Là, elle trouve un bébé chauve-souris qu'elle ramène au village.
Elle nourrit ce bébé à la bouche.
Contact.

De leur côté, les garçons ramènent un singe, un gorille mort dont ils disent qu'il était vivant quand ils l'ont tué. Les garçons ont menti. Le singe était déjà mort depuis longtemps quand ils l'ont trouvé. En ces temps de disette, c'est une incroyable chance. Sa chair va permettre de nourrir le village pour une semaine. Pas de cérémonie de déshumanisation, mais un banquet gargantuesque.
Contact.

De l'autre côté, dans un dispensaire, se trouve Agrippine. Elle est médecin sans frontière et a tout plaqué pour se rendre en Afrique et aider les habitants. Près d'elle, des sœurs. Elles sont là pour aider les populations. Elles partent sur le fleuve Ebola et trouvent une petite fille... Olympe.
Contact.

Le titre, "Des chauves-souris, des singes et des hommes", dit tout du livre. Ce sont les agents contaminants de la nouvelle épidémie d'Ebola qui va se répandre. 
Ce n'est pas un roman qui nous parle des effets de la maladie, mais bien des prémices de la contamination, comment elle se répand, quels en sont ses agents, comment elle agit.

L'auteur, Paule Constant, connaît son sujet. Elle a vécu longtemps en Afrique, et son mari est infectiologue. Le sujet qu'elle aborde dans son livre, on le sent, est parfaitement maîtrisé.

Le lecteur est tout entier plongé dans la vie de ce dispensaire et de ce village d'Afrique. Ce sont les coutumes, les rites, les pensées, qui nous sont livrés sans fioriture sur un ton presque poétique  alors que l'agent pathogène s'installe insidieusement. C'est un voyage le long du fleuve Ebola que l'on parcourt, une aventure humaine que l'on découvre. Les images s'installent dans notre esprit, les odeurs sont presque apparentes aussi.
C'est un roman à découvrir, tout en subtilité.
Une belle découverte.

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Librairie Decitre (Laval), avril 2016

"Des chauves-souris, des singes et des hommes"
Un conte africain des temps modernes

Des chauves-souris, des singes et des hommes n'est pas le titre de l'une des fables de Jean de La Fontaine mais celui du dernier roman de Paule Constant. Pourtant, à bien des égards, il peut être apparenté à la fable, mais aussi au conte ainsi qu'au genre du thriller tant Paule Constant sait maintenir son lecteur en haleine en distillant tension et suspense tout le long de son roman. Des chauves-souris, des singes et des hommes, vous le verrez, est une équation qui va aboutir à un terrible résultat... Mais nous ne vous en dirons pas plus de cette histoire drôlement bien menée. Laissez-vous transporter par l'écriture ciselée et élégante de Paule Constant qui sait à merveille alterner entre gravité et légèreté, poésie et humour dans ce conte africain des temps modernes !

Florian

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Magazine littéraire, mai 2016

Une fable d’Ebola
Depuis toujours fascinée par l’Afrique, Paule Constant met en scène la tragédie d’une épidémie.

Les fleuves et les rivières dessinent dans l’esprit de chacun une géographie personnelle. Celle-ci est formée par la mémoire collective, l’histoire des civilisations, les voyages accomplis ou rêvés. Ou par le glissement sémantique qui a fourni un sens inédit à leur nom. Le premier cours d’eau à faire son apparition dans le nouveau roman de Paule Constant est le fleuve Madulé dont une caractéristique est d’abriter, sur ses rives, la moitié des derniers locuteurs du boutoul, une langue parlée par cent personnes. Le Madulé n’évoque rien de particulier, sinon peut-être pour les spécialistes de cette région du Congo. En revanche, le nom d’un des ses affluents, deux lignes plus loin, prend des allures de fin du monde : Ebola. Voilà qui parle dans l’effroi d’une épidémie de fièvre hémorragique dont cette partie de l’Afrique tente encore d’effacer les traces du dernier épisode en date.
Le titre du roman prend uns signification plus complexe que la simple rencontre entre les animaux et nous. Des chauves-souris, des singes et des hommes, cela résume le possible mode de transmission de la maladie.  Sans résumer le livre, très éloigné du documentaire, Paule Constant plonge dans un monde dont elle perçoit les vibrations profondes, les ancrages lointains, le face-à-face parfois tragique avec le présent. Depuis son premier roman, Ouregano, elle revient souvent en Afrique noire par la fiction. Ce continent est devenu le terrain privilégié, mais pas exclusif, de son œuvre romanesque.
La romancière ne cède que quelques instants à la tentation d’expliquer, et après tout ce n’est pas inutile. La rencontre entre Agrippine et Virgile pose les éléments de compréhension à l’intention des ignorants que nous sommes. Agrippine a renoncé depuis longtemps au confort de l’exercice de la médecine en Europe et préfère se lancer dans des campagnes de vaccination au fond d’une brousse où personne ne va jamais. Virgile, sociologue et ethnologue, petit-fils d’un médecin-général colonial et rigide, étudies “le rapport entre les plantations d’hévéas et des maladies endémiques, par bouleversement de l’écosystème”. Leurs discussions ouvrent la voie théorique à ce qui arrive au même instant dans la forêt.
Olympe, fillette rejetée par les garçons du village, y a recueilli une chauve-souris trop petite pour faire une sauce, jouet vivant et porteur, elle l’ignore, d’une malédiction, puisqu’il faut bien que les événements suivants trouvent leur articulation dans le symbole plutôt que dans les faits. Les faits sont simples : les garçons du village sont  rentrés de la chasse avec la dépouille d’un grand singe, trophée digne de la manière dont ils racontent comment ils l’ont abattu. La viande de brousse en telle abondance, le bienfait est immense. Mais les garçons n’ont peut-être pas tué le grand singe, d’une espèce qui plaît aux Blancs entreprenant un long voyage pour en apercevoir quelques  exemples vivants. Il est probable qu’ils ont trouvé son cadavre et se sont contentés de le ramasser pour le ramener triomphalement, sans s’inquiéter de savoir s’il n’était pas mort d’une maladie transmissible à l’homme. Ils ne participent pas aux débats entre Agrippine et Virgile...
Il n’y aura pas de bonne surprise : les décès se succèdent au village après le festin, la mort accompagne tous ceux qui sont passés par là, en commençant par les invités conviés avec générosité à partager ce don du ciel. Don empoisonné transformé, après le retour à Paris de Virgile porteur de tous les symptômes d’une fièvre hémorragique, en une maladie du nom d’Ebola. La rivière ne pouvait résister : là-bas, plus personne ne vit.

Pierre Maury

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ArtPress, mai 2016

Paule Constant. Près de l'Achéron (cliquer sur le lien)

Philippe Forest

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Gala, 3 mai 2016

Le déchirant conte africain de Paule Constant

C’était  le long d’une rivière. Il y avait là, Des Chauve-souris, des singes et des hommes. Paule Constant nous embarque avec son nouveau roman, publié chez Gallimard, dans son Afrique intime et douloureuse. Prégnante, jusqu’à ne plus vous lâcher. Une fillette qui cajole une chauve-souris dans son village, de jeunes garçons qui dégringolent triomphants de la montagne avec la dépouille d’un beau singe au dos argenté, des soignants qui se débattent dans un dispensaire de fortune, des marchands ambulants, des primatologues en mission. Vies juxtaposées sur lesquelles plane La menace. Ce monde loin de tout l’ignore encore. Le point de bascule est tout proche. La romancière  entremêle ces péripéties avec poésie et quasi-légèreté. Presque, car ce conte est sombre et les pirogues qui glissent sur l’eau tracent des lignes funèbres. Inexorablement le mal va s’installer et percuter les vies. Plonge-t-il ses racines dans la magie, la science ou la nature ? Paule Constant, prix Goncourt 1998 pour son livre Confidence pour confidence, excelle à tirer les fils de la tragédie d’une époque et d’un monde naufragé.

Candice Nedelec

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viederomanthe.blogspot.fr, 6 mai 2016

Des chauves-souris, des singes et des hommes, Paule Constant

J'ai entendu parler du dernier roman de Paule Constant lors de son passage dans La Grande Librairie, il y a déjà quelques semaines. Le topo était engageant, puisqu'il y est question des débuts de l'épidémie Ebola, au Congo. 
Je vous emmène donc au pays où tout a commencé.

Le synopsis
Au Congo, sur les rives du fleuve Ebola, Olympe, sept ans, découvre dans la forêt un bébé chauve-souris. Elle rentre triomphante auprès des siens, jusqu'à ce que de jeunes garçons rentrent à leur tour en ramenant avec eux la dépouille d'un gorille, qu'ils disent avoir traqué et tué. La tribu entière les célèbre, se réjouit, et organise un festin.

Mon avis
Le roman de Paule Constant m'a conquise!
La plume est envoûtante : l'écriture est rythmée, équilibrée, on se prendrait à lire des passages à voix haute tant leur poésie sonne à l'oreille en lisant. A cet égard, le récit évoque par moment le conte, en particulier les chapitres consacrés à l'histoire d'Olympe.
En marge, l'histoire relatée d'Agrippine, Virgile et Thomas permet de donner au récit un autre visage, complémentaire à celui appréhendé à travers l'infortune qui frappe la tribu d'Olympe : c'est la vision des associations humanitaires et étrangères que l'on découvre alors, le jargon médical et scientifique qui vient nommer l'étrange malédiction.
Le récit progresse par alternance, et il est sans concession : dès que le nom du fleuve est connu, le lecteur voit poindre l'inéluctable tragédie, devinant qu'elle va frapper, s'interrogeant seulement sur ceux qui pourraient être épargnés, si tant est qu'il en soit.
Les nombreux personnages aux traits singuliers apportent du cachet au récit, à l'instar du Docteur Désir, figure de second plan atypique et presque cocasse, Olympe bien sûr, à laquelle on s'attache dès les tout premiers mots, petite fille solitaire qui rêverait de briller et d'être aimée, Agrippine, cette femme qui serait presque insaisissable, au parcours cabossé, brillante et distante avec certains de ses congénères.
Des chauves-souris, des singes et des hommes offre donc une excursion à la racine d'une tragédie de notre siècle, au croisement de cultures différentes incarnées par des protagonistes qui vivent sans le savoir les prémisses de la catastrophe. La prose sert merveilleusement ce projet très actuel, livrant un roman qui mêle subtilement la poésie et le macabre.

Pour vous si...
- vous êtes charmé par les récits aux allures de contes ;
- un roman qui combine une prose délicate et un sujet actuel a des chances de vous plaire.

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Elle, 6 mai 2016

Coup de cœur

Un thriller  viral

Sur les rives du fleuve Ebola, une petite fille à gros ventre a trouvé une chauve-souris au pied d’un manguier. Elle l’emporte, elle l’embrasse, ce sera sa poupée. Au village, les femmes cuisinent un singe que les jeunes ont rapporté de la chasse. Il sent mauvais, peut-être, mais la viande brousse est rare. Un peu plus loin, les bonnes sœurs du dispensaire préparent une campagne de vaccination avec les moyens du bord. Toutes les pièces sont-elles en place ? Pas encore : il faut aussi un thésard venu étudier l’héritage de la médecine coloniale, un colporteur aux valises pleines de bidules made in China, un groupe de primatologues naïfs, quelques pirogues sur l’eau boueuse et, bien sûr, un virus terrible qui se transmet de page en page,  selon une mécanique d’autant plus effrayante qu’elle est simple et naturelle, presque belle à voir. A la fois fable morale et thriller médical, “Des chauves-souris, des singes et des hommes” suit, avec une poésie insolente et une poésie de vieux sage, toute la série des gestes innocents qu’il faut pour donner naissance à une épidémie d’Ebola, comme celle qui ravagea l’Afrique de l’Ouest en 2014 et 2015, et menace toujours de récidive. Personne n’est coupable, la nature n’est ni bio ni mauvaise, et le fleuve continue de couler.

Marguerite Baux

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goodreads.com, 7 mai 2016.

Paule Constant :'Des chauves-souris, des singes et des hommes"

J'ai beaucoup aimé ce roman, son ambiance, sa langue. Il est fait de mélanges plus que d'oppositions des cultures européennes et des cultures africaines. Tout s'entrelace dans le récit, il y a comme quelque chose de connu qui nous tient la main vers la découverte d'autre chose. Les sciences humaines se confrontent à la médecine. Les légendes se mêlent aux certitudes. Je recommande le voyage !

Eleanor Velt

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L'Hémicycle, 8 mai 2016.

Le roman d'un virus

Voici peu encore, raconter notre époque et ses bouleversements exposait à l’accusation de faire du « journalisme » plutôt que de la littérature. Tout à ses recherches d’écriture (dans le sillage du Nouveau Roman) et à ses introspections (dans l’air psychanalytique du temps), le roman français avait fini par oublier le vaste monde et les histoires qu’il façonne jour après jour. Les Américains nous ont rappelé, fort heureusement, que le journalisme peut inspirer de l’excellente littérature, et qu’une intrigue financière, une épidémie, un meurtre en série constituent, aujourd’hui comme hier, une inépuisable matière romanesque, tant ces vieux scénarios se renouvellent d’une époque à l’autre.

Le monde littéraire français a fini par le comprendre, lui aussi, et les succès d’un Carrère ou d’un Houellebecq ont replacé l’époque au centre du jeu. Désormais, les romans sociaux se multiplient au point même de soulever une autre question : comment dépasser la simple description du monde moderne ? Comment renouer avec l’imaginaire sans perdre notre curiosité pour la réalité concrète ? Voici peut-être, à l’aube du XXIe siècle, le véritable enjeu littéraire : celui qui distingue les romanciers authentiques des simples témoins de leur temps. Et voilà ce que Paule Constant accomplit avec bonheur dans Des chauves-souris, des singes et des hommes, inspiré par l’histoire vraie du virus Ébola. Ce livre aurait pu n’être qu’un voyage en Afrique dont il possède les couleurs vives ; il aurait pu n’être qu’un thriller dont il épouse le rythme haletant ; mais ce roman plein de vie et de fantaisie nous dit aussi des choses que seule une plume d’artiste est capable de nous montrer.
Au seul mot d’Afrique répond un vaste catalogue de notions politiques, économiques, sociologiques, les unes insistant sur le chaos, les autres sur le développement ; les unes sur les guerres civiles, les autres sur les richesses du continent noir… Paule Constant, elle, nous raconte la simple réalité qui manque à ces savantes analyses : un coin d’Afrique équatoriale entre rivière et forêt ; un monde où l’on vit, où l’on meurt et où l’on se raconte des histoires ; une nature apparemment vierge mais fragilisée par des bananeraies géantes ; une civilisation traditionnelle où s’insinuent des fragments de modernité, comme ces bibelots qui remontent le fleuve sur la pirogue du « Docteur Désir ». La romancière d’Ouregano et de White Spirit connaît merveilleusement cette partie du monde qui l’a souvent inspirée, et elle sait, en quelques traits de plume, planter sous nos yeux ce village perdu dont les habitants, si éloignés qu’ils puissent paraître, deviennent aussitôt des proches. C’est le cas spécialement de cette petite fille de sept ans, Olympe, « insouciante et légère, guillerette et fantasque », qui dorlote une chauve-souris sous le regard moqueur des autres. Olympe « n’apprendra jamais à lire ni à écrire ». Elle ne parlera que le boutoul, c’est-à-dire qu’elle ne pourra communiquer qu’avec les trente habitants du village, les cinquante d’un autre à cent kilomètres le long du Madulé et les vingt chasseurs qui restent dans la forêt ». Ce qui ne va pas l’empêcher de devenir le bouc émissaire de cette petite communauté touchée par un mal mystérieux. À mille lieues de nous, son destin nous touche, comme nous toucherait celui de n’importe quelle fillette rêveuse bousculée par la violence brutale du destin. Il est vrai qu’Olympe a le handicap d’être une petite fille dans une tribu où seuls comptent les garçons. Dédaignée par les adultes, elle se voit également repoussée par ses frères qui décident d’organiser une expédition en forêt. Ils en reviennent bientôt, glorieusement, chargés du cadavre d’un grand singe puant, ce qui leur vaut une heure de gloire. L’affabulation populaire et les racontars se mêlent à la description minutieuse des faits, que ce soit dans le récit des garçons, ou dans les superstitions d’une tante qui explique comment les serpents viennent téter le pis des vaches, et qui accusera bientôt Olympe de porter malheur aux autres. Dans ces pages, la réalité villageoise prend des airs de conte, à l’opposé des rigoureuses conceptions scientifiques et intellectuelles qui animent les autres protagonistes du roman : deux jeunes scientifiques français en mission, à quelques kilomètres de là, dans un dispensaire tenu par des religieuses belges.
Formée à Médecins sans frontières, Agrippine s’applique obsessionnellement à éviter les réflexes de l’Européen en voyage, en particulier : « ne pas me plaindre de la chaleur comme les autres, ne pas remarquer les cafards dans la salle de bain, ni le seau à la place du lavabo. » Tout juste entend-elle se livrer à sa mission médicale. Non loin d’elle, le jeune Virgile, anthropologue en expédition, descend d’une famille de médecins militaires un brin colonialistes ; c’est pourquoi il combat lui aussi toutes les idées qu’on a pu lui transmettre, comme il l’explique pour donner un sens à sa présence ici. Agrippine l’écoute d’une oreille : « Comme les gens sont habiles à mettre leur histoire en forme… Comme ils s’appliquent à trouver une logique dans leur destin. » Ces postures ne vont pas empêcher la maladie de s’abattre sur eux, sans même leur laisser le temps de comprendre, ni de réagir. Avec une brutalité inouïe, la moitié du village va mourir sur place et les Européens se retrouveront entubés dans des chambres stériles qui ne les sauveront pas davantage.
Le texte de Paule Constant, qui aime Jean Giono, m’a rappelé par instants l’épidémie de choléra dans Le Hussard sur le toit : avec ses corps en décomposition d’où jaillissent des papillons, cette puissance destructrice de la nature, plus brutale encore que celle de la société. Sauf que la société moderne peut elle-même décupler cette violence ; on le voit quand la propagation du virus, issu du grand singe ou de la chauve-souris, devient l’histoire vraie du virus Ébola, descendant la rivière, avant de se propager par les vols aériens. Quelques mois plus tard, la science posera des mots sur cette épidémie. La marche implacable du récit pourrait faire la matière d’un film catastrophe. Dans ces pages – et c’est la vraie magie de ce roman prenant, rythmé jusque dans l’horreur –, chacun se contente de vivre au jour le jour, porté par des élans, des sentiments, des rêveries, sans voir la menace qui s’apprête à tout ravager.

Benoît Duteurtre.

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France Info, 9 mai 2016

Le livre du jour.
Paule Constant : "Des chauves-souris, des singes et des hommes"

audio et video (cliquer sur le lien)

Philippe Vallet

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TV5 Le Magazine de la Santé, 12 mai 2016.

"Invité du jour" (de 14 min 35 s à 22 min) : Paule Constant pour "Des chauves-souris, des singes et des hommes"

Vidéo en replay jusqu'au 18 mai. (cliquer sur le lien)

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La Revue des deux mondes. Mai 2016.

LETTRE À PAULE  CONSTANT

    Lorsqu’on connaît son auteur, la critique d’un livre prend un tour personnel et étrange, ressemble à une lettre qu’on écrirait à un exilé pour lui décrire sa terre natale. Et cette impression est d’autant plus forte, chère Paule (la lettre commence), que vos deux derniers romans (1) sont des retours rêvés au pays de l’enfance et qu’ils donnent l’impression qu’il s’agit là de la matière la plus noire, la plus pure, de toute entreprise romanesque.
    Le retour au pays de l’enfance. Une part importante de votre œuvre n’est sans que l’exploration passionnée de toutes les significations que peuvent prendre ces quelques mots.
    Le pays véritable de vos romans n’est ni le Cameroun, ni le Congo, mais celui que les adultes ne peuvent pas voir. C’est le pays où qui voit la vie voit en même temps la mort. Voilà le vrai pays de l’enfance : le lieu où qui voit la vie avec la lucidité et l’innocence de l’enfance voir aussi la mort, où qui voit la mort voit l’ivresse de la vie.
    Telle est l’Afrique des souvenirs de la narratrice de C’est fort la France !, d’Agrippine, l’héroïne des Chauves-souris, des singes et des hommes, qui la découvre mais remonte le fleuve comme une enfant qui s’abandonne. Peut-être cette vérité se manifeste-t-elle avec plus de violence en Afrique où la vie semble plus drue, plus grouillante, porteuse de sa propre destruction, comme si la loi du monde qui se déroule ailleurs de façon solennelle ou secrète se révélait là-bas avec exubérance, comme aux origines ou à la fin du monde. Et il y a quelque chose d’admirable qu’un motif si profond, si essentiel qu’il donne souvent au lecteur de votre dernier récit le sentiment de se trouver au cœur des choses, soit partout présent avec tant d’évidence et de légèreté. Le style Constant, ce sont des mots d’esprit entendus dans un orage. De la drôlerie d’Apocalypse. Le dernier livre est d’ailleurs un prélude à l’Apocalypse qui raconte les destins croisés de plusieurs personnages, européens et africains, lorsqu’apparaît dans un coin reculé près d’un grand fleuve une contagion atroce. Le récit est court, le rythme de plus en plus enlevé, tout est regardé avec la lucidité et l’innocence avec lesquelles on contemplerait le tableau d’une calme fin du monde où se révèleraient en même temps que la catastrophe des secrets et des beautés. La légèreté tient à la concentration, légèreté noire qui a quelque chose de délicieux et de terrifiant. L’Apocalypse dans la dernière partie du roman ressemble à une ivresse légère, où plus rien dans le regard des personnages déjà infectés ne semble plus tout à fait en place, où le monde est devenu une sorte de grand corps frappé par une maladie effrayante, mystérieuse, dont on ne sait pas si elle cache une putréfaction ou une métamorphose.
    Des chauves-souris, des singes et des hommes répond à C’est fort la France ! ; les même thèmes y jouent dans des couleurs et des registres différents : celui du récit et de la tragédie dans le dernier, du roman autobiographique et de la comédie dans le précédent. C’est un merveilleux roman qui mêle de façon extraordinairement réussie des fragments de comédie, des souvenirs bienveillants et ironiques, des détails d’une vie palpitante vernis dans une sorte éternité. Comédie burlesque et émouvante dont un des motifs est si l’on veut la colonisation, c'est-à-dire la rencontre de la prétention du bien et du tourbillon incompréhensible de la vie. L’épidémie est à la fois l’horreur à combattre, et même temps la révélation de cette folie incontrôlable qu’est la vie. Par petites touches, le roman montre l’opposition complexe entre la vision rationnelle des choses et l’autre, magique, irrationnelle, qu’on l’appelle comme veut. La profondeur du livre tient à ce que la vision irrationnelle n’est pas vue avec mépris mais qu’elle n’exerce pas non plus cette fascination facile qui est une autre forme de condescendance. De même l’entreprise d’occidentalisation qu’a représenté la colonisation est à la fois ironisée mais jamais ridiculisée, surtout dans sa dimension médicale. La médecine est toujours noble dans vos romans, Paule, elle n’a de pathétique que la victoire, plus ou moins facile, plus ou moins tardive, de la mort. Le roman renferme un portrait touchant du père, médecin militaire : ayant choisi la médecine par goût de l’indépendance, il se retrouva prisonnier de la plus terrible dépendance du monde, celle de l’impuissance face à la maladie et à la mort. Là où plus d’un aurait tiré de cette idée la matière à d’infinis bavardages, vous livrez cette vérité en trois phrases, et c’est ce qui la rend ironique et touchante. Et la beauté du livre tient à ce mélange perpétuel de rêverie et de lucidité, de nonchalance et de précision, d’élégance et de naturel. Le français, la langue, est d’ailleurs l’un des motifs du livre. Concentration, rapidité de la pensée et de l’allure, des visions dans des formules, qu’il y ait dans tout cela quelque chose de très français et en même temps de ténébreux, de magique, d’un peu fou, fait tout le charme et la beauté du roman, la Comtesse de Ségur dans le comptoir de Céline.
    Il est plaisant de voir comment l’image d’un écrivain, cette image qu’ont de lui ceux qui ne l’ont pas lu, est souvent le négatif absolu de ça qu’il est. J’imagine, Paule, que beaucoup de gens se font de vous l’image d’une auteure brillante et cocasse, un peu hors du temps et des urgences de l’heure. Comme dans tous les clichés, il y a là une part de vrai, mais une moitié de vérité est plus trompeuse qu’une erreur. A côté de tant de pavés prophétiques et futiles, il est bon de lire vos récits légers et profonds. Et au milieu de tant d’autres petits récits scolaires où l’ode au refus des appartenances dégage un atroce fumet de provincialisme comme dans des versions mondialisées du Voyage de monsieur Perrichon, peu d’ouvrages comme les vôtres donnent le sentiment d’existences détachées de tout territoire, de toute assignation, sinon à celle du ton et de l’allure du français.
    Et puisque vous m’avez demandé en riant de vous dire ce que faisiez, je vous dirai que ces deux derniers romans semblent écrits comme vous lisiez, enfant, dans cet état de rêve éveillé étrange semblable aux jeux des nuages dans le ciel. Et si l’idéal du romancier consiste à ne pas parler que des choses essentielles en retrouvant le charme des premières lectures, ne changez rien, vous y êtes.

Frédéric Verger

(1) Paule Constant, C’est fort la France !, Gallimard, 2013 et Des chauves-souris, des singes et des hommes, Gallimard 2016.

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Le Figaro magazine, 13 mai 2016.

Mal d’Afrique.

L’heure est joyeuse sur les rives du fleuve Ebola au Congo. Olympe, 7 ans, a trouvé un bébé chauve-souris sous le manguier. La petite boule de poils soyeuse lui fait oublier le refus des garçons de les accompagner à la chasse. Une escapade dont ils rentrent fièrement avec le corps d’un gorille mâle si gros qu’il peut nourrir tout le village et les visiteurs de passage comme Docteur Désir et ses porteurs. Un festin se prépare. Non loin, Agrippine, médecin sans frontières envoyé pour un programme de vaccination, fait la connaissance de Virgile, un jeune ethnologue étudiant les effets néfastes de la culture intensive des hévéas sur l’écoystème et les populations. Soudain, un voile sombre recouvre ces scènes de bonheur naïf. Des bébés meurent, des adultes tombent malades. Sur les fleuves et les rivières, les pirogues ne convoient plus des voyageurs mais des cadavres.  Sillonnant la brousse, gravissant les montagnes, déambulant dans les villes, colporteurs, bonnes sœurs, membres d’ONG, tailleurs d’hévéas et primatologues forment, à leur corps défendant, la grande chaîne humaine des contaminations. La peste a traversé l’œuvre de Camus, le choléra celle de Giono, Paule Constant a choisi le virus Ebola. Le mal d’un continent africain qu’elle connaît à la perfection et s’attache à décrire avec poésie et réalisme depuis son entrée en littérature. Y compris dans ce conte cruel où l’ogre mangeur d’hommes se révèle infiniment petit mais infiniment plus ravageur.

Marie Rogatien

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Librairie Mollat - 15 mai 2016

Interview video : Paule Constant - “Des chauves-souris, des singes et des hommes" (Cliquer sur le lien)

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France Inter - Cosmopolitaine, 22 mai 2016

Paule Constant : “Des chauves-souris, des singes et des hommes"
(Cliquer sur le lien. Paule Constant : de 45 sec à 2 min 35 sec, et à partir de 29 min)

Paula Jacques

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France Ô: Page 19. 29 mai 2016

Paule Constant : “Des chauves-souris, des singes et des hommes" > 29-05 à 11:45
(Cliquer sur le lien - nb : en replay pendant 28 jours)

Daniel Picouly

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Le Populaire (Haute-Vienne), 2 juin 2016.

Paule Constant, Annie Ernaux, deux regards puissants.

Deux grandes romancières se penchent différemment sur l'origine, le début… de l'amour physique pour Annie Ernaux, dans une France provinciale et prostrée,... de la mort puissante et vorace pour Paule Constant qui écrit l'histoire du virus Ebola et sa propagation.
Deux plumes différentes, l'une économe de mots pour donner puissance au récit, l'autre au style baroque comme les contes africains.
Deux histoires diamétralement opposées, pourrions-nous penser ou croire, et pourtant si proches que les lire successivement pousse à une réflexion métaphysique sur ce qui fait de nous des êtres humains, à la fois puissants et fragiles, gracieux ou laids selon le regard que l'on porte sur soi ou les autres.

(Annie Ernaux...  “Mémoire de fille”, un récit poignant...)

Avec Des chauves souris, des singes et des hommes, Paule Constant écrit l'histoire du virus Ebola. Un village en Afrique, des enfants honnis ou célébrés, une chauve-souris, un singe mort dans la forêt, des humanitaires et des sorciers, rien ne manque à ce roman éblouissant qui évoque un conte fabuleux et nous transporte dans notre intimité.

Laurent Borderie.

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doucet.blog, 3 juin 2016

Des chauves-souris, des singes et des hommes – Paule Constant

Mille émotions dans ce même roman !

Présentation et entretien entre Fabien Obric et Marie Adélaïde Dumont

FO.
Le roman dont vous allez nous parler, Marie-Adélaïde, évoque la propagation du virus Ebola. Des chauves-souris, des singes et des hommes.

MAD.
Titre incroyable ! Ce livre, c’est quelque chose….., d’objet littéraire assez impressionnant, on pourrait dire que c’est un thriller médical, que c’est une fable ayant pour but de nous raconter la propagation d’un virus.
Je vous emmène en Afrique. Paule Constant aime beaucoup écrire sur les catastrophes de santé et sur l’Afrique. Elle a écrit beaucoup de romans sur l’Afrique, de courts textes, très beaux, très sobres avec une écriture magnifique. Le mot est juste, il est à la bonne place.
On va démarrer notre histoire, dans un village au Congo, situé le long du fleuve Ebola, à une journée de pirogue du dispensaire de l’équipe religieuse, qui est leur seul point d’entrée.
Tout le monde est très occupé. Dans ce clan, il y a une seule fille, beaucoup de garçons qui ne veulent jamais jouer avec elle. Tandis qu’ils partent à la chasse, ils l’abandonnent. Mal leur en prend –à tous ces enfants-, puisque cette petite fille boudeuse va se réfugier sous un arbre et va attraper une chauve-souris mourante. Tandis que les garçons découvrent un cadavre de gorille. C’est dans cette région que sont installés les gorilles, espèce protégée, que l’on ne peut absolument pas chasser. Pour faire les fanfarons, ils rapportent cette dépouille de gorille. Là, ça va être le début de l’horreur puisqu’en fait, on sait que ce virus qui provoque des dégâts épouvantables, cette fièvre hémorragique, est propagé par les singes et les chauves-souris. On va voir comment cette catastrophe –qu’on a sous les yeux– va se propager et on sait pourquoi cela a démarré, pourquoi elle va se répandre à une vitesse extraordinaire, qu’elle va contaminer notamment tout le village mais également le dispensaire, les religieuses belges qui vivent à côté et le médecin Agrippine qui vient faire de l’humanitaire parce qu’elle estime que c’est très important de faire de l’humanitaire et qu’elle n’a pas envie d’avoir une clientèle très chic dans son immeuble cossu et puis Virgile, le jeune anthropologue qui vient étudier cette façon de vivre et tous ces personnages vont être dépassés…

FO.
C’est comme un roman choral, il y a beaucoup de portraits qu’on découvre…

MAD.
Exactement ! On découvre tous ces portraits, tous ces personnages, on découvre leur implication parce qu’ils viennent pour aider, pour soigner mais en fait ils vont être dépassés par ce raz-de-marée et cette violence et cette maladie Ebola.

FO.
Ebola, dont on a beaucoup entendu parler...

MAD.
On en a beaucoup parlé. Je ne sais pas si c’est endigué On en parle un peu moins, il y a d’autres sujets. Mais c’est quelque chose qui est très fort, c’est à la fois joyeux, c’est beau, c’est triste, c’est un roman d’amour à la vie. C’est extraordinaire ! Je vous invite à le découvrir par une très grande dame de la littérature, de l’Académie Goncourt.

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parutions.com, 3 juin 2016

Au bord du fleuve Ebola...

Un très beau roman de Paule Constant sur un thème qu’elle a souvent exploré : l’Afrique et les catastrophes sanitaires ; on retrouve avec plaisir l’auteur d’Ouregano, White Spirit, C’est fort la France !

Des chauves-souris, des singes et des hommes se déroule aujourd’hui, au fin fond de l’Afrique, le long d’un grand fleuve et de ses méandres, dans des villages à la terre sèche, où avoir un fils est une fierté… Dans ce contexte, Olympe, la petite fille de 7 ans, qui n’a même pas vraiment de nom, est déjà marginalisée ; ce jour-là, les garçons se refusent à l’emmener avec eux à la chasse dans la forêt. Une petite fille ne peut être que quantité négligeable, dans une société où les garçons deviennent des chasseurs, des guerriers, l’orgueil de leurs mères.

N’importe : la bande des garçons partie, Olympe trouve de quoi sécher ses larmes : un ravissant bébé chauve-souris tombé du manguier. Chauve-souris qu’elle promène tel un trophée dans tout le village, qu’elle fait caresser aux enfants. Quant aux garçons, beaucoup plus tard, ils reviennent de leur chasse avec une superbe dépouille de singe silverback, qu’ils affirment avoir abattu et que tout le village dévore en un somptueux festin sans trop se soucier du récit des garçons, de l’odeur de la viande, de l’apparence de la dépouille, ni de savoir si les rites nécessaires avant de tuer un singe ont été accomplis.

Le village est isolé, mais Paule Constant y convoque beaucoup de monde : un jeune chercheur en sociologie et anthropologie, Virgile, petit-fils d’un médecin colonial qui vient expier et dénoncer la faute de son aïeul ; une médecin sans frontières venue opérer une campagne de vaccination, Agrippine, revenue de tout ou presque, qui rencontrera une émotion inattendue ; un dispensaire sommaire tenu par des religieuses belges sur le territoire de l’ancien Congo, et une sœur un peu simple, gardienne du cimetière où reposent des sœurs décédées dans une épidémie antérieure jamais bien élucidée ; des primatologues insouciants et emplis de la bonne volonté occidentale, revenant d’une expédition bien dotée ; un «Monsieur Désir» impressionnant dans son superbe boubou, qui commerce de village en village de brousse.

Tous ces êtres différents se rencontrent, se croisent, circulent, dans un milieu en fort changement, sur fond de déforestation, dans une Afrique éternelle où désormais les achats se règlent en yuan, où la mort rôde. Un combat sans merci entre la vie et la mort, dont celle-ci sort victorieuse...

Des responsables à l’épidémie qui se propage à une vitesse fulgurante ? Pour les villageois, aucun doute : le non respect des rites, et donc peu de remèdes, la nécessité de trouver une victime expiatoire, le recours à la magie… Autres lectures : celles des occidentaux, de Virgile, d’Agrippine... Mais peu importe où se trouvent la vérité et la solution efficace : «Au fond, une épidémie n’était qu’une équation à deux inconnues : le nombre de millions d’habitants des villes, le nombre d’avions qui décollent ou atterrissent par seconde dans le monde».

Tout est donc en place pour qu’explose l’épidémie du virus Ebola, et chaque personnage dans ce récit, tragédie contemporaine, mené d’une plume sûre et poétique, paie son écot à la Faucheuse.

Marie-Paule Caire

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Nice-matin, 5 juin 2016.

Propos de Paule Constant recueillis par Laurence Lucchesi.

Des chauves-souris, des singes et des hommes”. Rien à voir avec l'un des titres les plus célèbres de Steinbeck. Derrière ce titre étrange paru chez Gallimard, l'histoire de la propagation du virus Ebola, à partir d'une succession de micro-événements dans un village africain. Un conte déchirant de notre temps, écrit avec poésie et humour par Paule Constant, de l'académie Goncourt.

Que représente pour vous le fait de participer au Festival du livre de Nice ?
Une participation à un des plus beaux salons de France. Quant au thème de cette année, il est d’actualité. C’est ce qu’essaient toujours de faire les romanciers, soit de témoigner de leur propre histoire dans l’Histoire, soit d’expliquer la grande Histoire à travers la petite histoire des personnages. C’est la traduction de l’actualité dans le roman.

Dans cet ouvrage, quel a été votre choix ?
On est à la fois dans l’Histoire, puisque c’est l’histoire de l’épidémie d’Ebola, et je l’aborde par une poussière d’histoire, avec des personnages-enfants comme Olympe. Olympe qui est non seulement coupable d’être une fille, mais qui va de plus être la cause du malheur. Puisqu’elle va transmettre le virus par l’intermédiaire de la chauve-souris qu’elle recueille.

Ce livre, un plaidoyer pour les filles discriminées ?
Les femmes représentent un peu plus de 50% de l’humanité et elles en sont la partie la plus souffrante, et humiliée. Nous voyons le sort de la femme à partir de ce que nous sommes devenues après des siècles de révolution féministe. Et nous pensons que l’histoire est écrite et qu’elle restera comme ça, or l’actualité nous dit tout le contraire.

À l’autre bout de la chaîne, il y a Agrippine...
Elle fait partie de ces gens qui se sauvent en s’occupant des autres. Elle va faire ses vaccinations, qui vont sauver des gens, mais elle part d’abord pour donner un sens à sa vie, qui ne réside en aucun cas dans le fait de faire de l’argent ou de s’acheter un appartement. Agrippine est dans une espèce d’oubli d’elle-même, jusqu’à ce qu’elle se rende compte qu’elle était dans une vocation de maternité absolue, avec Olympe.

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Plume au vent, juin 2016

Paule Constant
Des chauves-souris, des singes et des hommes

Dans un petit village isolé du Congo, près d’une rivière dont le nom deviendra tristement célèbre, et où les homme subsistent en travaillant dans les plantations d’hévéas, une petite fille recueille une chauve-souris alors qu’un  groupe de jeunes garçons revient de la montagne en exhibant fièrement le cadavre d’un immense signe argenté qu’ils prétendent avoir tué. Un grand festin est organisé et chacun savoure la chair du singe, mais rapidement les villageois vont tomber malades, et les jeunes avoueront, avant de succomber à une fièvre hémorragique, que le singe était déjà mort quand ils l’ont rencontré.  Confronté au malheur, le village cherchera un  bouc émissaire en la personne de l’innocente fillette. Au même moment, Agrippine, qui fait partie de Médecins Sans Frontières, arrive dans un dispensaire tenu par des religieuses avant d’entamer une campagne de vaccination. Elle y rencontre Virgile, jeune ethnologue et petit-fils d’un médecin-général qui avait autrefois exercé son métier en Afrique coloniale. Peuplé de personnages pittoresques – religieuses dévouées, brocanteurs, conducteurs de pirogues, porteurs, primatologues -  le roman raconte dans une très belle langue une Afrique aux dimensions multiples, entre paysages somptueux, pratiques ancestrales, aspirations à la modernité et déséquilibre écologique. Thriller médical aux allures de fable, il retrace la genèse d’un terrible mal dont aucun des protagonistes n’a su prévoir la nature et la gravité.

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Le Monde des livres, 17 juin 2016

Sur les rives infectées

D’Ouregano à White Spirit en passant par C’est fort la France ! (Gallimard 1980, 1999, 2013), la part ”africaine“ de l’œuvre de Paule Constant semble avoir d’abord pour objet les catastrophes provoquées par les bouleversements dans les écosystèmes. C’est de nouveau le cas dans Des chauves-souris, des singes et des hommes, dont le titre annonce bien qu’il sera question des liens entre ces trois espèces animales et de leur effet sur la propagation d’un mal mystérieux. Les morts se multiplient aux abords du fleuve Ebola. Nul ne comprend ses racines, pas même Agrippine, de Médecins sans frontières ; mais nombreux sont à accuser une petite fille et la chauve-souris qu’ils l’ont vue caresser – peut-être se dépêche-t-on de la montrer du doigt pour oublier ce gorille à l’odeur pestilentielle qui occasionna un festin. Paule Constant mélange la gracieuse simplicité de la fable et l’efficacité du thriller (sur les traces du virus coupable) dans ce roman au pouvoir d’envoûtement certain.

Raphaëlle Leyris.

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L’Humanité, 23 juin 2016.

Une rivière en Afrique.

Des chauves-souris, des singes et des hommes, de Paule Constant. Éditions Gallimard.

Un roman d’une saisissante richesse d’images comme de sens.

Ses romans fonctionnent comme des fables. Il arrive même que leur symbolique renvoie à quelque grand récit mythologique. Quelques-uns ont pour territoire l’Afrique, plus précisément la République démocratique du Congo. Ainsi le dernier en date, qui se joue de bout en bout sur les rives d’une petite rivière au nord du pays. Pas plus de 200 km de longueur, mais un nom, Ebola, qui, depuis 1976, s’est tragiquement inscrit dans l’histoire. Après Ouregano (1980), White Spirit (1989) ou C’est fort la France ! (2013), une catastrophe sanitaire sur le continent noir fournit à un récit de Paule Constant sa matière primordiale.
Au centre de sa fiction se tiennent deux figures féminines, que tout paraît d’abord opposer. Jusqu’à ce que se laisse entrevoir le lien qui les attache l’une à l’autre. La petite Olympe, 7 ans, vit dans un village éloigné de tout, au bout de la rivière. Un jour, elle ramasse au pied d’un arbre une toute jeune chauve-souris et décide de la garder cachée par-devers soi. Elle sera sa protectrice et lui donnera l’affection et les caresses qu’elle-même ne reçoit pas. Ignorée ou méprisée de tous. Notamment de ces garçons qu’elle voit s’en revenir triomphants de la forêt, portant la dépouille en putréfaction d’un grand singe : de la « viande de brousse » qui permettra un temps aux estomacs de ne pas rester vides. En quelques pages superbes, le cadre du malheur à venir est tracé. Un peu plus loin au bord du cours d’eau, Agrippine, médecin sans frontières, vient d’arriver d’Europe pour travailler dans un dispensaire de religieuses. Une campagne de vaccination en effet se prépare. Dès lors leurs histoires respectives, sans qu’il y paraisse, commencent irrémédiablement à se nouer. Car la fièvre hémorragique déjà se répand sournoisement le long de la rivière. Bientôt des pirogues funèbres vont la sillonner, la transformant en fleuve des enfers, à l’image du Styx. La mythologie grecque s’installe au cœur de l’Afrique. Pour comprendre ce qui se déroule dans la région, la pensée magique le dispute à la logique scientifique. Paule Constant compose en l’espèce un roman d’une saisissante richesse d’images comme de sens. Restituant le mélange africain de magnificence et d’indigence, de poussée vitale et de fatalisme. Mais aussi interrogeant les modes d’approche des ONG venues des anciens pays colonisateurs. Et finalement élevant Olympe à la hauteur d’une véritable allégorie de la malédiction.  

Jean-Claude Lebrun.

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Nouvelle Revue Française, juillet 2106.

Paule Constant, "Des chauves-souris, des singes et des hommes"

Olympe, une petite fille, coiffée-broussaille, s’empare d’une chauve-souris ; ce sera son jeu pour les jours qui viennent. Des garçons trouvent un gorille mort et racontent qu’ils l’ont tué ; ce sera le festin du village, au bord de la rivière Ebola, un village de saigneurs d’hévéa. Tout cela commence dans l’euphorie, tandis qu’Agrippine, femme à lunettes et cheveux gris arrive sur une pirogue. Elle est médecin et doit réaliser une campagne de vaccination ordinaire. Les vaccins ont été bloqués en douane, alors elle trompe le temps en conversations avec les sœurs de la Mission et avec Virgile, jeune sociologue venu de Paris, persuadé que la médecine occidentale n’est qu’un moyen de domination. On rencontre aussi des chercheurs en primatologie, dont Alice et Alex, qui psalmodie la comptine écologique qui a remplacé le Palais de Dame Tartine chez les jeunes Occidentaux.
C’est un roman où les choses de la vie se racontent dans une langue simple comme une rivière, mais chaque page y recèle son point d’appel, son tourbillon discret et fort. Précise, informée, Paule Constant sait aussi quoi ne pas dire, pour laisser parler sa page, donner des signes au lecteur, comme quand elle évoque la jeune Olympe, qui ne possèdait ni lit ni couverture, rien qu’une natte usée qu’elle ne retrouvait pas toujours. Elle sait aussi donner aux termes d’une énumération l’énergie croissante qu’il leur faut pour mimer l’envie d’une pacotille vendue par le Docteur Désir, camelot qui dispense le nécessaire, l’accessoire, et surtout le superflu, l’obsolète, le périmé, le déglingué, le nuisible.
Et puis les enfants commencent à mourir, les frères d’Olympe, Leonide d’abord, qui pleure des larmes de sang, et Emile, et Hector. Le diagnostic est rapide : c’est la faute à Olympe et à sa chauve-souris. On la bat et on la rejette. Pour rompre la malédiction, les villageois partent pour deux voyages : les femmes vers la Montagne des nuages, les hommes vers la Montagne des singes. La maladie mortelle est dans leurs pas, sur les pistes et le long des rivières. À leur corps, à leur savoir, à leur cœur défendant, Agrippine, Virgile, le Docteur Désir, se chargeront de la répandre plus loin encore, vers les grandes villes et d’autres continents. Nous connaissons la suite, par la presse.
D’autres parleront de ce à quoi la romancière se rattache évidemment, au tragique de Steinbeck (Des souris et des hommes) et de Conrad (Le cœur des ténèbres). Mais certaines scènes, celle de l’avion-cercueil du Docteur Désir, celle des religieuses au chevet des malades, répétant un p’tit coup de palu, un p’tit coup de palu… sont tramées de grand comique. Tout comme cette façon qu’a la phrase de se tordre en queue de scorpion pour nous dire par exemple qu’il ne faut pas douter de la bonté du monde, au moment où une jeune primatologue fait boire à même sa propre gourde un malade qu’elle croit simplement déshydraté. Comique et tragique se disputant le monde, immense deuil et rire énorme, il y a du Hugo dans le regard de Paule Constant.

Hédi Kaddour.

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Paris-la-douce, 25 juillet 2016

http://www.parisladouce.com/2016/07/lundi-librairie-des-chauves-souris-des.html

Des chauves-souris, des singes et des hommes - Paule Constant

Sur les berges du fleuve Ebola au Congo, Olympe, sept ans, serait bien partie chasser dans la montagne avec les garçons. Mais ils l'ont écartée en se moquant. Fillette de la tribu Boutouls, un peuple de chasseurs-cueilleurs reconverti dans l'hévéa, la gamine est mal-aimée, soupçonnée d'être porteuse d'envoûtements alors que ses frères sont célébrés. Lorsqu'Olympe recueille un bébé chauve-souris découvert sous un manguier, elle peut enfin exprimer l'amour. De retour de la forêt, les garçons du village ramènent la dépouille d'un gorille qu'ils prétendent, malgré la forte odeur de putréfaction, avoir tué. Si le grand singe est déjà faisandé, la tentation de faire un grand festin est trop forte. D'autant que la viande de brousse possède des pouvoirs magiques. A quelques encablures, Agrippine, Médecin sans Frontières, arrive dans un dispensaire tenu par des sœurs, une mission catholique d'où devrait partir une nouvelle campagne de vaccination. Virgile, un jeune ethnologue, petit-fils d'un médecin-général de la Coloniale voit ceci d'un mauvais oeil. Le long du fleuve, un mal mystérieux frappe et se propage.

Loin des clichés, Paule Constant raconte une Afrique intime et douloureuse à travers un conte moderne déchirant. Si elle emprunte le ton de la fable pour évoquer la catastrophe sanitaire d'une fièvre hémorragique, c'est pour mieux souligner par cette légèreté paradoxale les ombres de la tragédie. Avec finesse, elle dépeint les ambiguïtés, rapports faussés entre Afrique et Occident, l'incompréhension entre les peuples. Sur les traces du virus, la romancière réveille les terreurs archaïques des grandes pandémies. La puissance du récit repose sur ces peurs primitives. Alors que chacun donne une explication, magie, science, nature révoltée, la recherche du bouc émissaire mène au sacrifice du désigné coupable.

Roman environnemental, l'auteur s'interroge sur les forces naturelles en action, comment le bouleversement des écosystèmes, déforestation, cultures intensives, épandage, braconnage permet le réveil de germes en sommeil. Les nouvelles maladies traversent les espèces animales, la chauve-souris porteur sain, le gorille porteur infecté, jusqu'à l'homme. Destins funestes et péripéties, le long du fleuve Ebola ce sont les pirogues porteuses de liens qui répandent l'infection.

Talent de conteuse, plume sobre et poétique, récit sensible et grave, Paule Constant fait vibrer sa fibre africaine par le biais d'une fable tragique qui tendrait presque vers le thriller médical. Envoûtant, passionnant.

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Le Soir (Belgique), 30/31 juillet 2016

Paule Constant et l’Afrique des épidémies.

Olympe, 7 ans, possède les aspirations d'une petite fille de son âge et, pour elle, trouver une chauve-souris, c'est s'offrir un merveilleux jouet vivant. Mais Olympe vit en brousse, et déjà elle sait “le prix de l'eau, le temps passé sous le soleil à la puiser, le poids de la bassine sur la tête, la brûlure du sol sous les pieds qui durcissent”. Elle connaît aussi quelques-uns des dangers que font courir les animaux sauvages et, dans un conte dont elle serait l'héroïne, elle aspirerait peut-être à être dévorée par la panthère qui rôde aux environs du village. Mais, dans la réalité, il lui manque surtout la chasse réservée à ceux
qui la méprisent, les garçons. Ceux-là, par exemple, qui viennent de revenir triomphants avec le cadavre d'un grand singe dont la viande est promise à un festin.
Paule Constant, souvent plongée au cœur du continent africain dans ses romans, y revient une fois encore. L'esprit du conte ne fait qu'effleurer le début d'un récit dont le décor est situé au Congo. Du côté de la rivière Ebola, pour Des chauves-souris, des singes et des hommes. Rencontre inquiétante d'espèces entre lesquelles se glisse la possibilité d'une contamination mortelle. Le repas de viande de brousse se révèle un cadeau empoisonné, et puisque l'abondance, pour une fois, était au rendez-vous sans grands efforts, des convives de passage en ont aussi profité. Deux Européens de bonne volonté se sont rencontrés dans la région : Agrippine, qui a quitté la Belgique pour exercer la médecine dans des conditions plus rudes et avec, espère-t-elle, la possibilité d'apporter un soulagement concret aux grands malheurs des populations déshéritées  ; et Virgile, descendant d'un médecin-général colonial, désireux de corriger les excès des générations précédentes en étudiant, du double point de vue de la sociologie et de l'ethnologie, les rapports entre les bouleversements de l'écosystème et les maladies endémiques. Ils n'étaient évidemment pas préparés à des travaux pratiques d'une telle urgence. Partie des bords de la rivière, la maladie flambe en épidémie, elle trouvera son nom quand elle arrivera à Paris. La suite nous a été racontée dans les journaux. Mais Paule Constant ne fait pas de journalisme. Elle confronte les nécessités d'une existence précaire à l'impossibilité d'appliquer là-bas des normes sanitaires édictées dans un milieu trop différent. Et elle transforme le choc culturel en œuvre littéraire.

Pierre Maury

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Sciences et avenir, août 2016

Des chauves-souris, des singes et des hommes

C’est un conte sensible et profond, qui dévoile de violentes réalités dans une langue douce et mélodieuse. Dans un  village d’Afrique, au bord d’une rivière baptisée Ebola, une gamine mise à l’écart par les garçons rapporte fièrement aux siens un bébé chauve-souris. Un trésor qu’elle couvre de bisous. Les garçons eviennent de la forêt avec le cadavre d’un gorille : un festin de viande de brousse aux allures rituelles s’annonce, qui engendre culpabilités sourdes et réjouissances. Pas loin de là, d’autres destins vont se mêler à la tragédie annoncée. Celui d’Agrippine, médecin humanitaire allant d’une campagne de vaccination à l’autre, du jeune sociologue Virgile et de bonnes sœurs dévouées à la gestion d’un misérable dispensaire. La viande du singe à peine digérée décime le village, la petite fille agonisante transmet un flot d’amour et de mort à Agrippine, et le dénouement, frisson de crainte pour nos âmes qui savent, débarque d’avion en France : il porte le nom d’une épidémie redoutable.

Andreina De Bei

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